Paupières lourdes. Contact
Contact répété
Du monde
Ces voitures qui roulent
Et puis se garent
La sueur des statues
Les regards fixes
Des passants
Qu’as-tu vu Qu’as-tu fait
Paupières lourdes.
Etait-ce un rêve ?
Je vivais d’à quoi bon, de mots étroits; je ne savais pas pourquoi, car entre les portes, les images ne passaient pas. Alors je préférais voyager sous le vent, le vague battement
Du ciel lointain.
A pas précautionneux, je m’avance. Déjà sous mes pieds roulent les cailloux, de ceux qui empêchent de parler, tant leur réalité est dure de clarté.
Je polis la route à coups de langue. Tant et si bien qu’elle brille, feutrée. Mes ego s’y penchent, s’y retrouvent, ici ou là déformés.
Mais déjà le bruit du monde coupe les arbres. Il faut filer, l’ego sous le bras, la gorge qui gratte (les poussières du temps, pour cela, sont adroites).
Et puis, le désir d’en construire, plus loin, une réplique
A suivre
Soir tourmente
La pluie bafouille aux vitres
et soudain ça te prend
de courir dans tes pas plus loin
pour fuir la main sur nous
tu perds tes yeux dans les autres
ton corps est une idée fixe
ton âme un caillot au centre du front
ta vie refoule dans son amphore
et tu meurs
tu meurs à petites lampées sous tes semelles
ton sang
ton sang rouge parmi les miroirs brisés
________________________
Ce que la mer chante à des milles d’ici
la force de ton ventre, le besoin absolu
de m’ériger en toi
voici que mes bras de mâle amour s’ébranlent
pour les confondre en une seule étendue
ce que la terre dans l’alchimie de ses règnes
abandonne et transmue en noueuses genèses
de même je l’accomplis en homme concret
dans l’arborescence de l’espèce humaine
et le destin qui me lie à toi et aux nôtres
j’étais mort avant de te connaître
ma vie n’aurait jamais été que fil rompu
pour la mémoire et pour la trace
je n’aurais jamais rien su de mon corps d’après la mort
ni des grands fonds de la durée
rien de la tendresse au long cours de tes gestes
cette vie notre éternité qui traverse la mort
et je n’en finis pas d’écouter les mondes
au long de tes hanches…
Voix neuve. Vibrante encore un peu
De comparaisons. Le souvenir du cœur, adossé
Au rouge de la balançoire. Le côté
Herbeux de l’adolescence. Et cent autres
passages sous les portes, sous les yeux.
La répétition du sable contre la mer. Et ce goût
précis, du sel
Ce mot rond
d’universel.
Ce qu’il me reste en tête, des vers lus et relus tout la journée, c’est toujours l’effort impossible de les dire : l’impossibilité de les retenir. Je pense à cela aujourd’hui passé à relire Aragon, et combien chaque vers porte en lui d’innombrables ; Les Yeux d’Elsa comme somme poétique, oui, anthologie de toute la lyrique courtoise du passé et sans doute du futur. Et peut-être que toute poésie est cela, mémoire de tout ce qui la précède, archives vivantes. Peut-être que toute lecture est cela encore : lire le palimpseste du réel écrit en toutes lettres, et du réel qu’on imagine par la littérature qui en porte la charge. Alors, tels vers que je lis et qui fait revenir avec eux, je le sais, le souvenir de tant d’autres, et Ronsard comme Rotrou, ou Hugo, Verlaine et même Bossuet, je le crois ; mais impossible littéralement de les reconnaître en tant que tels. Je lis plutôt toujours le fantôme toujours plus séparé de moi d’un vers possible que j’aurais pu lire ; que j’aurais sans doute dû lire. Comme à chaque fois, impossibilité de retenir les vers (et je sais bien que dans le passé, les étudiants les moins doués possédaient une somme de texte en mémoire prodigieuse - je sais bien que cette mémoire me manque, comme un membre amputé qui gratte) - l’impossibilité physique de retenir au sens propre toute cette matière vivante et glissante en moi. Quand j’écris, ce n’est toujours que pour les retrouver, avais-je pensé une fois, pour me chercher des excuses, une raison d’espérer. Et pourquoi pas. Et dans la douleur de cette impossibilité je fonde des lignes toujours vides de ce qu’elles appellent, dans le désir de rejoindre un phrasé (ou une image (ou un rythme)) que je ne saurais retrouver que dans l’absence, l’oubli toujours recommencé d’un oubli sans objet, puisque je sais bien ce que j’oublie, mais j’ignore ce qui s’oublie avec lui.
« “Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous les bouquets.” » Mallarmé
Dans la terre devant moi dressé comme des sillons penchés vers le vide, ce que j’arpente en tous sens, c’est moins la réécriture de ces vers, que le dehors de l’oubli, sans contour et sans forme, musique sans mélodie et presque sans note d’un bouquet où manqueraient les fleurs, mais persisteraient leurs parfums tenaces et douloureux.
Leurre
A nouveau lasses, les mains,
à nouveau lasses, les jambes,
obscurité sans fin,
je ris si fort que les murs
pivotent mais c’est un leurre
et je mens, car je pleure.
Trug
Nun wieder müde Hände,
nun wieder müde Beine,
ein Dunkel ohne Ende,
ich lache, dass die Wände
sich drehen, doch dies eine
ist Lüge, denn ich weine.
Trop philosophique
Comme ma vie, quand elle descend
et monte, est fantomatique.
Je me vois me faire signe et sans cesse
échapper à celui qui fait signe.
Et je me vois éclat de rire,
puis tristesse profonde,
puis beau parleur frénétique;
mais tout cela retombe.
Et ne fut jamais, de tout temps,
vraiment comme il faudrait.
Je suis élu pour parcourir
de vastes lointains oubliés.
Zu philosophisch
Wie geisterhaft im Sinken
und Steigen ist mein Leben.
Stets seh’ ich mich mir winken,
dem Winkenden entschweben.
Ich seh’ mich als Gelächter,
als tiefe Trauer wieder,
als wilden Redeflechter;
doch alles dies sinkt nieder.
Und ist zu allen Zeiten
wohl niemals recht gewesen.
Ich bin vergessne Weiten
zu wandern auserlesen.
Soir (III)
Soir, que tu es grand
à côté de la sautillante
petitesse du matin,
auquel manquent les sentiments.
L’avoir dans le coeur,
que c’est étrange et beau.
Sa joue est rouge du bonheur
des adieux du soleil.
Doit-il donc avoir honte
de son âme sensible ?
Abend (III)
Abend, wie bist du gross,
verglichen mit der hüpfenden
Kleinheit des Morgens,
dem die Gefühle fehlen.
Ihn im Herzen haben,
wie seltsam schön ist das.
Seine Wange ist rot vor Wonne
über der Sonne Abschiednehmen.
Muss er sich schämen,
so seelenvoll zu sein ?
Robert Walser, traduction Marion Graf
Très loin
Je voudrais évoquer cette mémoire; mais voilà, presque rien n’en reste; elle s’est effacée. Car elle gît très loin, au fond de mes premières années adolescentes.
Une peau, qui paraissait faite de jasmin… Août, cette soirée… Etait-ce en août ? Je me souviens à peine des yeux. Ils étaient bleus, je crois. Ah oui, d’un bleu de saphir.
Autant que possible
Si tu ne peux façonner ta vie comme tu le voudrais, tâche du moins de ne la point avilir par de trop nombreux contacts avec le monde, par trop de gesticulations et de paroles.
Ne la galvaude pas en la traînant de droite et de gauche, en l’exposant à la sottise journalière des relations humaines de la foule, de peur qu’elle ne se transforme ainsi en une étrangère importune.
Constantin Cavafy , traduction de Marguerite Yourcenar
(lu et traduit en anglais par Daniel Mendelsohn)
"Je ne fais que lire, écrire, rêver - ce que je ne souhaite à personne."
Paris, novembre 1907, à son frère
"Je n’ai aucun sentiment précis à l’égard de la société, de Dieu et de l’homme - mais j’aime avec d’autant plus de force la vie, la foi et l’amour".
Paris, lettre du 24 avril 1908, adressée à Vladimir Hippius
Revue Europe, Ossip Mandelstam
C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas.
Et à répéter sans cesse, sans cesse
Jusqu’à ce que le silence soit là.
Mais parler à l’instant fait mal;
L’on veut à tout prix y caser
Les déchets en fleur de la mémoire.
C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas.
Et à répéter sans cesse, sans cesse,
Jusqu’au fragment final.
Mais parler à présent fait mal.
L’on veut à tout prix éviter
Les sachets en fleur de la mémoire.
C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas
Parfois
l’impression
que le cœur
et la nuit avec
explose
Mais qu’au-delà
Qu’au-delà rien
Qu’un peu de nuée
A enrubanner
De rêve
Et d’yeux chassieux
pour faire semblant
d’avoir dormi
Ou mieux
Avoir vécu
sa vie
En surnagent
les impressions
remuant allègres;
le fond d’alcool
du premier verre:
Or et sueur;
Avidité liquoreuse
d’une étoile
Une étoile !
et que dire
sinon qu’elle file:
Deux battements;
Parfois
ou bien
déjà
l’explosion.
Not a red rose or a satin heart.
I give you an onion.
It is a moon wrapped in brown paper.
It promises light
like the careful undressing of love.
Here.
It will blind you with tears
like a lover.
It will make your reflection
a wobbling photo of grief.
I am trying to be truthful.
Not a cute card or a kissogram.
I give you an onion.
Its fierce kiss will stay on your lips,
possessive and faithful
as we are,
for as long as we are.
Take it.
Its platinum loops shrink to a wedding ring,
if you like.
Lethal.
Its scent will cling to your fingers,
cling to your knife.
Carol Ann Duffy (nouvelle Poet Laureate)
* * *
Pas de rose rouge, de cœur en satin.
C’est un oignon que je te donne.
Lune enveloppée de papier kraft.
Promettant lumière
comme l’effeuillage soigneux de l’amour.
Ici.
Par lui, tu seras aveuglé de larmes
comme ceux qui aiment.
Par lui, ton reflet va devenir
Une photo vacillante de chagrin.
Je tente ici d’être honnête.
Pas de carte, de baiser commercial.
C’est un oignon que je te donne.
Son âpre baiser restera sur tes lèvres,
Possessif et fidèle
semblable à nous,
aussi longtemps que ce nous sera.
Prends-le.
Ses pelures platine se contractent en une alliance,
si tu le veux.
Mortelle.
Son odeur s’attachera à tes doigts,
s’attachera sur ton poignard.
(traduction personnelle)
"Ainsi, sans que je l’eusse voulu ni cherché, c’était bien une patrie que je retrouvais par moments, et peut-être la plus légitime: un lieu qui m’ouvrait la magique profondeur du Temps".
Philippe Jaccottet, in Paysages avec figures absentes
La nuit se couvre
Voyons.
Prends ton manteau
Doublé de souvenirs.
Erre un peu, tel un point fixe
Dans leur orbite.
La lune se souvient, elle,
Des gorges chaudes
Et de leurs appels
Rauques.
Tiens, une gouttière.
Et c’est un peu comme si se
Déversait
La matière même
De ta poéticité.
Comme un chien, comme un lâche
Tu mets en pièces les poches
De ta mémoire
Pour que l’intérieur prenne
Le goût
De la pluie, du vent;
Un doux tabac
A priser
Sur les voies de l’incertitude
Et de la nécessité
Sans rien y comprendre
La brise se lève.
Un feu comme une centaine
De loups te caresse.
Devant la coloration des buis rougeoyants ne retentit pas la conversation de tous avec chacun. Aimez la vie, dirait-elle, vie, l’accostée et qui interpelle. Larmes, ne vous laissez pas convaincre d’en finir avec ce délirant.
Sur la colline de gypse gris nous accrocherons les tableaux de ce gueux de siècle, ventre et jambes arrachés.
La nuit dernière encore, nous ne mentions pas à l’herbe ivoirine qui se givrait.
René Char, Chants de la Balandrane
Un peu de matériel, pour y poser ma joue. Oublier les phrases et les lettres, et caresser ton cou, monde-cheval, trop sauvagement bien dressé
- et rendre, pourquoi pas, la liberté ? -
Je me cherche, en bout de ligne; et pour quoi faire ? demande la petite fille. Au lac la carpe baille, des petits points de soleil pigmentent l’eau, tâchent l’herbe, un livre se fait refermer, c’est l’été ou presque.
Présent miniaturisé. Un ressort de sécurité m’empêche de plonger tout à fait ma ligne pour attraper le passé.
La petite fille joue, des amoureux s’enlacent, le lecteur s’en va, et puis et puis voilà.
Forain, cœur, basilique, ciel bleu et fille triste, rions ensemble tous en rond sous l’arc de ma pupille, tirons à la carabine les cloches pour qu’un son un seul résonne bien profond au fond de la gorge, et que chante un oiseau, stupide branche, au passant émoustillé.
Il y a tant à voir, et tant à pardonner Au monde d’être si peu réel, si abandonné
A notre propre réalité
Trinquons ! me dit ce p’tit gars, et moi déjà je cours je file d’autres manèges pour manigancer un rendez-vous avec le ciel, celui d’il y a trois jours, sous lequel se sont mis à couvert tant de souvenirs.
Ah mais vraiment j’ai la tête qui tourne, vite un point fixe, please please, souffle le voyageur de jour, de nuit, face aux gaz étoilés des routes… si lointaines, si proches…
au coude à coude
…
La nuit transpire de mes idées, elle en a marre de vagabonder dans le lit des insomnies. Elle ne sait pas à quoi tout cela rime. Bientôt les cloches vont chanter, la lune pourra se rendormir à l’abri du soleil, l’on bâtira de nouvelles mythologies, exhumations organiques.
A quoi tout cela rime ? La lune semble avoir un rire bosselé Avant de disparaître
Nouvelle journée.
Face au carré blanc
Pas d’équation
Seules,
Les lignes pures
Du mur
Contre l’obscurité
S’éventent
De souvenirs
Collantes au cou
Cette fenêtre poisseuse
De l’âme.
Carré noir
Des origines.
Je reconnais… j’ai parfois de ces instincts cruels ou du moins jugés comme tels, caressé d’une griffe les vitres du temps. Posant ma joue froide contre les fenêtres, j’écoutais les plaintes défragmentées qui se faisaient entendre, par-delà le souvenir.
Ce discours, c’était mon cœur.
Raturé d’expressions, de mimiques et de compromissions…
Hélas, un petit vent frais, ô léger, léger,
Soufflant sur les métaphores et les langues arrachées
M’évitait de trop pleurer.
Je le reconnais. Je suis parfois optimiste, à tourner ma langue comme une toupie, en en faisant tinter ensemble les débris Contre le ciel vacillant D’organismes.
J’ai quelques poignées de souvenirs. Mais qu’en faire: des bijoux posés au coin du lit, un miroir noir et puis gris, des pigeons qui s’envolent, des meubles époussetés, des phrases des phrases à regarder
Comme une pupille de chat
Lentement se rétracte
Je bats mon coeur
Où se dénudent les joues incandescentes
Des synapses sans morale
Des jours durant
Ah et puis vivre
De silence blanc
Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle
Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.
Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.
Et les parois du frêle coquillage,
Tu vas les emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume.
Ossip Mandelstam, traduction François Kérel
Mort, mort, mort
De l’ombre se resouviennent
J’ai planté mes dents
Dans la chair de l’être
Un dieu lentement me berce
Dans le creuset de feuilles mortes
-J’en ferai de l’or ! me dit la lune
Qui narquoisement se vautre
Dans un ciel bleu azur azur
Azur
Recrachant très élégamment
Les écorces de ces mots purs
Or, le silence, le blanc, est la plus forte ponctuation.
Pascal Quignard, Une gêne technique à l’égard des fragments - Essai sur Jean de la Bruyère -
"Chier doncques nous fault davant que […] torcher".
Si Rabelais prenait le terme torcher dans son sens "propre", nous khagneux de France et de Navarre pouvons le prendre dans ses sens modernes: j’ai moi-même chié ce concours, et sans nul doute en chierai encore à partir de septembre, consommant (presque) tout mon temps "en lettres et honeste sçavoir".
(pas de mises à jour prévues, doncques)
L’oiseau chantait, et je me sentais bête
De ne pas comprendre
La couleur des arbres.
Il faudrait se jouer Du temps cyclopéen Le lancer comme une balle Sans trop se faire de mal Le rebondir et le grossir D’images Et crever, parfois, sa pupille d’eau noire
Celui-ci sourd-muet, celui-là aveugle, et cet autre si vieux
peut-être tous les trois sentent-ils sur leur joue
le doux pelage de la nuit. Les garçons noctambules
s’amusent des tours de prestidigitation des étoiles. Toi,
tu as mis,
tes sandales de lin blanc, verdies par l’herbe,
pour sortir le chien. Quand tu tourneras au coin de la rue,
observe bien ce petit nuage réticent. Il te cache quelque
chose,
quelque chose, justement, qui sourit encore en toi d’une manière
inexplicable.
Un peu de naïveté
Jours calmes et peuplés d’arbres.
Elle te sied, cette petite brise autour de tes lèvres.
Elle te sied, cette fleur que tu regardes.
Ainsi, ce ne sont pas mensonges que la mer, le
coucher de soleil,
et cette barque qui vogue dans la roseraie du soir
et ayant uniquement à son bord
une fille à la guitare affligée.
Laisse-moi saisir les ramers
comme si je saisissais deux rayons pourpres oubliés.
Amer savoir
Reste, les bras croisés, dans cette pénombre protectrice.
Le gardien de nuit boiteux n’a plus de place où s’asseoir.
Les chaises,
voici deux semaines qu’on les a vendues. Dehors, dans la
cour,
on nettoie de gros tonneaux. De lourds remorqueurs mouillent
dans le port. A la maison d’en face,
on entend la voix du speaker de la radio. Je ne veux pas
entendre.
Moi, je ramasse sur la table les papillons brûlés de
la nuit, sachant seulement
que tout leur poids est dans leur légèreté.
Yannis Ritsos, traduction Gérard Pierrat
Pour un art poétique
Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème
Tiens en voilà justement un qui passe
Petit petit petit
viens ici que je t’enfile
sur le fil du collier de mes autres poèmes
viens ici que je t’entube
dans le comprimé de mes oeuvres complètes
viens ici que je t’enpapouète
et que je t’enrime
et que je t’enrythme
et que je t’enlyre
et que je t’enpégase
et que je t’enverse
et que je t’enprose
la vache
il a foutu le camp
Raymond Queneau, in L’Instant fatal (1948)