La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

De fil en aiguille, AraignéesAugust 31, 2006 10:40 pm

Toujours Mandelstam, toujours, oui, une ligne poétique, en attendant que ma voix ne fasse pendant un moment silence, dans le gouffre de la rentrée, des automnes, des virgules qui s’espacent, point par point… au comble de l’écriture… de la recherche du mot qui pourrait tout dire, et qui pourrait tout ensevelir. J’entre comme qui dirait au tombeau, avec mes mots en valise, des livres pour souscrire, et cette damnée dame que l’on nomme poésie.

Il faudra je le sens d’ailleurs que je m’explique un jour d’insomnie sur le pourquoi du comment du parce que poétique. Peut-être… tout simplement à vivre. Survivre. Comme ont su survivre les chants d’Ossip, dans le terrible grenier à déshumanisation. Petit rappel biographique, Mandelstam est mort en 1938, non loin de Vladivostok, aux portes des "quais de l’enfer" de la Kolyma, qu’a décrit Varlam Chalamov dans ses Récits. Et où un des textes est consacré à la mémoire du poète mourant, disant qu'’il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. Il lui était donné de savoir avant de mourir que la vie c’était l’inspiration." (Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, Cherry-Brandy)

Silence.

Les mots sont des pierres, "voix de la matière" autant que matière de la voix.

Je suis ma foi plutôt d’accord avec la vision de Mandelstam. Mais peste soit de la théorie, rien ne vaut que de lire:

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Par charité et par pitié, ô France, veuille
M’accorder ta terre et toi, chèvrefeuille,

La vérité de tes colombes, le mensonge
Des vignerons nains et la gaze où leurs mots plongent.

Ton air si bien taillé, quand vient décembre,
Est riche d’argent et mortifié tout ensemble.

Violette en la prison (l’infini, quel vertige !).
Une chanson moqueuse, insouciante, voltige –

Où les rois jadis étaient balayés
Par la rue torve et bouillonnante de juillet…

Mais aujourd’hui à Paris, à Chartres, en Arles,
C’est le bon Charlie Chaplin qui règne et s’installe :

En melon et comme articulé il insiste,
Distraitement précis, auprès de la fleuriste…

Ossip Mandelstam

 

Edit: ayant posté cet article rapidement, je ne m’étais pas rendue compte que le poème initial avait déjà sa place dans un autre message.  Changement de poème, donc, ne vous étonnez pas. Signé, l’étourdie.

ToilesAugust 30, 2006 11:00 pm

Wainting

Cette notion de… manque. Ce désir qui colle aux lèvres, déshydratant les mots, comme des flocons maigres. Maigre de tes doigts qui enserrent mes ceintures, ou plutôt… l’assonnance est de trop, par trop osée. Notions déshydratées, donc, chevaux fous, dans les crinières désertées de tes doigts.

Les étoiles qui glissent leurs robes de bal près de la nudité abrupte des roches et des lézards. Ce désir qui colle aux lèvres aux réverbères, aux silences et aux prières.

(Le vent, courant alerte, dans ces paysages de nuit et de ciel aux couleurs des rivages et des verbes d’herbe)

La prière, à genoux, tandis que tu me souffles des étoiles dans le cou. La lisière, à pas de velours, qui se détache des clairières et des bouquets d’ombres sur la version noir et blanc du monde. Gravures d’outre-tombe. Les films, un réverbère, la pluie, les papillons éphémères, pellicule d’argent, iris de contre-plan. Iris qui me manque.

Et la pluie fine et lourde des paupières, hydratant les mots quand le vent se fait poussière.

- Encore un hier en ton absence.
Voilà le titre de bien des romances.

Toiles 10:42 pm

Les mots qui s’écoulent entre les doigts
Un peu de bleu un peu de bois

Une lèvre qui s’écoute entre soie
Et matelas d’herbe
Dînons au frais
Les hortensias nous le permettent

La nuit était blanche et les bouquets,
D’orange
La suite qui frémit
Un bouquet d’ancolie

Et puis dans les paupières
Un rire, s’étire
Frais, dans les bois
Les mots qui s’écoutent entre les doigts
Entre deux fourmis, trois étoiles
De pistil et d’oriflamme.

*

Tout se grise. Noir et blanc
Ta peau contre ma chemise
Bouche et dent.

Se condensent les carmins de l’esprit
Qui se croisent et respirent
L’air ambiant - salubre et dense
Dans la folie des sylves

Tout se glisse. Noir et blanc
Ma peau contre ta poitrine
Bouche aidant.

Se colorent les carmins de l’esprit
Qui se croisent et respirent
L’air ambiant - Du rouge du blanc
Et un rire - pour finir
L’échange; de nos peaux
Un vaste soupir
Se glissant, mon ami
Entre ta paume et ton iris.

Juillet 2006

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(Je te soupire. Il me soupire. Soupirants et ballerines)

 

Comme un souffle, les forêts rejaillissent. Je contemple mes doigts, habiles à tisser des vignes et des rimes, avides de presser le vin de tes rires. Je contemple, et soupire. Dans un souffle, les sylves se réorganisent dans l’organe des nuits d’été. Plain-chant dans nos paumes étourdies, plein chant dans nos gorges épanouies. Les étoiles au décor sont comme des grains qui mûrissent entre les cuisses de la Terre. Je contemple mes doigts, habiles à retrousser les pages, avides, avides de tes doigts.

A vide, à vide sonne ma voix.

L’aube déjà vient cueillir une par une les étoiles.

Poivre et vert, l’herbe mouillée, un peu, par terre…

 

(Je te soupire, tu me soupires, la lune en témoin de ces folies).

Araignées 6:24 pm

Pierre Loubière (1913-1979)

Poète aveyronnais qui remporta de nombreux prix, mais est désormais tombé dans l’oubli. Connaissant une personne ayant été amie avec ce poète, je milite pour la réédition de ses recueils… dès que mes contacts au niveau de l’édition seront plus fournis.

 

Plain-chant

J’aiguiserai l’espoir
Sur la plus haute feuille
La joie au tranchant clair
Des ailes d’un bouvreuil

Sur la toison des mers
Tous les amours du monde
La paix et l’amitié
Aux forges de la terre

J’aiguiserai l’oubli
Au velours des légendes
L’aventure et le rêve
Aux vitres de la nuit

Sur l’anneau des saisons
Les feux de la beauté
A la pointe des vents
L’ardente liberté

Aux meules de la mort
J’aiguiserai le temps
Le désir au fuseau
Lisse et blanc de ton corps

La jeunesse perdue
Aux signes de l’orage
La vérité recluse
A la proue des visages

J’aiguiserai le verbe
Aux coupes de soleil
L’enfance retrouvée
Aux craies de l’arc en ciel

Solitude et silence
A la ferveur des lampes
Et la vieille sagesse
Aux grains de la patience

L’innocence à la croix
Et le mystère aux nombres
Plaisir, pitié, folie
Sur les paumes de l’ombre

Mais à quoi, poésie,
Puis je aiguiser ton chant
Toi qui avive tout
Et gerbe l’infini

De la lumière et de sang ?

De fil en aiguille 5:52 pm

Des draps qui s’étalent, des pas qui s’écartent, vite vite, des souffles qui grognent.  "Et le drap housse, tu l’as pris ?" "Oui, Maman, oui, mais la trousse de toilette, où est-ce que tu l’as mis ?" "Euh… je ne sais pas"

C’est exactement ça: je ne sais pas. A quoi cette rentrée va mener, à quelle entrée en Enfer j’ai signé au Belzébuth préparationnaire, à quels ah… baillements pour manque de sommeil je vais ponctuer mes disserts.

Disserts où paraît-il la citation est de mise. Une me vient à l’esprit:     "Bien sûr, l’argent ne fait pas le bonheur, mais il aide à acheter des livres". *  Car ça, oui: engagez-vous, qu’ils disaient, dans le merveilleux univers de la prépa, là où la culture flirte avec les hauts sommets ! Oui, vous, vous êtes peut-être le prochain gagnant à la loterie de l’enseignement supérieur, alors, prenez votre ticket !

Ce qu’ils ne disaient pas dans le contrat, c’est qu’en fait de ticket, c’était bien plutôt de billets, au pluriel s’il vous plaît, qu’il en retournait. De quoi retourner toutes les poches des vestes et des pantalons à la recherche d’un morceau de papier estampé de l’Union.

Mais heureusement que les bouquinistes existent. Mais heureusement que "le savoir ne réside pas seulement dans les livres, les laboratoires, les fiches, mais dans et par l’amitié, celle des hommes, celles des bêtes et des étoiles." Prenons donc la prépa comme une expérience, une option à tenter, nous verrons bien ce qui s’y cache à la rentrée comme démons et comme fées.

Ce blog désormais aura une tendance à rendre compte de ce "conte" préparationnaire, en essayant d’appliquer cet adage:

Écrire pour démontrer est ennuyeux, écrire pour se montrer est dérisoire : il faudrait n’écrire que pour dire. *

Pas sûr cependant que le côté dérisoire et narcissique ne soit pas au rendez-vous. C’est un blog, une tranche de vie, après tout ! Mais, avis aux nouvelles recrues: l’automne risque de me voler toutes mes feuilles et mes heures…

Ceci dit:

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure **

* Claude Roy et ses petites notes sonnantes et trébuchantes sonnant justes

** Guillaume Apollinaire, Le Pont Mirabeau

De fil en aiguille, MusiqueAugust 26, 2006 9:27 pm

 

Il y a dans mes mains tout le parcours de l’alphabet, dans mes écrits, pour la plupart, un souci d’harmonie, entre les significations et les partitions des mots. Il y avait donc une lacune à réparer, celle de la musique, cette autre chose qui sur les paumes et les lèvres, souffle des échos à nos oreilles. Echos porteurs d’univers où les étoiles se portent d’elles-même, dans le rythme des arpèges. Mais exit le langage poétique, il convient mieux ici de parler d’un Exit Music superbement exécuté par Brad Mehldau au piano, ou d’un Opeth exilé dans les cordes du métal, pour ne donner que quelques exemples.

Mais trêve d’extravagances écrites:

Et c’est à mon tour de faire silence.

De fil en aiguille, AraignéesAugust 24, 2006 7:07 pm

Soupir. Inspirer, expirer. Voilà ce que c’est que la vie. Et nous qui écrivons, futiles, en cherchant à être inspiré par quelque entité, divine ou poétique. En papillonnant de mot à mot, sans réellement se fixer sur une idée, sans réellement la butiner, la presser de tout son lot de couleurs et de fruits. Après tout, ça n’est que de la matière… grise. Mais peut-être est-ce là la bonne recette artistique:

Henri Matisse

Ingrédients:

1 support de votre choix - la cervelle, un bout de papier, une toile, un magnétophone, etc -
1 nombre raisonnable de matière grise - diplômes non requis -
1 ou 2 (mais n’en abusez pas) de grains de folie
Un nombre allant de 1 à l’indéterminé pour les sujets abordés. Quelques zestes d’égoïsme et d’égocentrisme
1 beau drapeau des caractéristiques humaines, à piocher au choix.

A ceci vous pouvez rajouter (liste non exhaustive):

Une bonne dose d’humour/autodérision
Des références que personne d’autre que vous ne pourra comprendre
Une tendance au paradoxe


Le tout étant de se rappeler de se faire soi-même sa propre idée et ne pas penser que la création peut se ramener à quelques règles dictées par Boileau ou autres cuisiniers.

Et pour que ce message ne soit tout de même pas (trop) inutile, un poème d’Aragon sur Matisse.

De fil en aiguille, AraignéesAugust 23, 2006 11:40 pm

Eolienne grecque

Les yeux qui glissent sur les pages. Sirènes, toujours *, à l’écart des vies terriennes, ne pensant plus qu’au niveau des ailes (rappelons que les sirènes avant d’être des dames poissons étaient plutôt des demoiselles façon pinsons ou harpies, c’est selon) ou de l’écume de la mer. Ecume de la mer, rappelant Aphrodite. Vénus de Milo, que son découvreur couvrait la nuit de caresses sur la poitrine. Le peuple grec a gardé son goût des chairs mythiques, preuve en est de ce Pygmalion des temps modernes. Souvenir:

Pygmalion vivait sans compagne, célibataire ; jamais une épouse n’avait partagé sa couche. Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une telle beauté que la nature n’en peut créer de semblable et il devint amoureux de son oeuvre. C’est une vierge qui a toutes les apparences de la réalité ; on dirait qu’elle est vivante et que, sans la pudeur qui la retient, elle voudrait se mouvoir ; tant l’art se dissimule à force d’art. Emerveillé, Pygmalion s’enflamme pour cette image ; souvent il approche ses mains du chef-d’oeuvre pour s’assurer si c’est là de la chair ou de l’ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l’ivoire. Il donne des baisers à sa statue et il s’imagine qu’elle les rend ; il lui parle, il la serre dans ses bras ; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu’ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu’ils ont pressés

- Ovide, Les Métamorphoses Livre X, traduction Georges Lafaye -

*

Eaux vides ? Les yeux glissent vers les cartes de la mer Egée. Soupir, soupir salé… on aimerait tant y retourner. Souvenir. Envie.

- Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l’air plein la narine,
Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
Du vin de jour ?…
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d’amour

Chair des eaux, clair de mots. Grèce, sans élégie, tu m’es chère, en peu de mots. Comme ceux de Rimbaud.

AraignéesAugust 22, 2006 5:30 pm

Mélange de feu et de glace, langue russe, telle un contraste dans sa traduction française, ne demandant pas d’autre poète qu’Ossip Emilievitch Mandelstam (Осип Эмильевич Мандельштам) pour raconter les histoires des désenchantés et des enchanteurs, sur les murmures de nos vies, sur les murmures de cette époque de sang et d’eau vive.

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Déverse-toi, Volga, verse-toi vite,
Foudre frappe les toits partout,
Cognez grêlons, cognez aux vitres,
Et toi fille aux sourcils noirs, à Moscou
Tiens haut ta tête avec mérite.

L’enchanteur en secret mêla au lait,
Des roses noires, du lilas mauve ou neige,
D’une poudre de perles et duvet
Il a fait surgir ces joues fraîches,
Et ces lèvres d’un murmure sont nées ;

Comment put-elle dénoue, dénoue-la-
Semblable beauté de corneille
Venir d’un radja indien, d’un radja ?
A Alexeï Mikhaïlytch, à l’oreille,
Cours donc le confier ma Volga.

Inégales-pour leurs péchés, leurs péchés-
Les rives s’opposent toujours,
Et très haut dans le ciel, vers les sommets
Volent des autours au sang lourd
Par delà les isbas dressées

Ah, je ne peux plus regarder, regarder
Ces rives vertes et grisâtres :
On dirait qu’à travers les près, les près,
Des faucheurs un peu fous se hâtent.
Par l’averse, en arc, les près sont fauchés

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A travers les rues de Kiev la hantée
Quelle est cette femme cherchant son homme ?
Mais sur ses joues de cire n’a roulé
Aucune larme, on dirait un fantôme.

Pour lire dans la main, plus de tsiganes,
Au parc les violons ont fui le décor,
Les chevaux du boulevard ont rendu l’âme,
Les tilleuls seigneuriaux sentent la mort.

Avec le dernier tram les soldats rouges
Quittaient tous la ville, sans se sauver,
Et une capote cria, farouche :
On s’ra bientôt de retour, vous savez !


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Et Ossip sera bientôt de retour lui aussi, ne serait-ce que pour apporter quelques renseignements supplémentaires sur ce grand poète aux vocables souples mais durs, au destin somme toute tragique, celle de toute une époque russe.    

Hors-catégorieAugust 21, 2006 11:14 pm

Je ne suis pas cinéphile pour un sou, ou plutôt, pour un kopeck. Mais ce soir ce fut "kino vecher", soirée cinéma, avec le beau film pudique et sensible "Depuis qu’Otar est parti", soirée que je ne regrette pas, donc, d’avoir passée devant la tv. Trois portraits de femmes où la mélancolie se mêle à l’âpreté, la dureté stoïque des âmes slaves. Des regards de diamant, dans les iris de la grand-mère Eka, qui attend le retour de son fils adoré Otar, médecin parti à Paris. Mais la ville des lumières se montre inhospitalière: Otar meurt, comme vont l’apprendre Marina, la fille d’Eka, et Ada - magnifique prénom, entre parenthèses, magnifié dans Ada ou l’ardeur de Nabokov -, la petite fille d’Eka. Famille de femmes. Famille francophile, comme les contrées slaves ont su si bien produire. La babouchka tendre et entêtée, menée par le bout du nez par Marina et Ada, qui lui font croire qu’Otar continue sa petite vie tranquille à Paris. Au final, le voyage à Paris des trois femmes fera voler en éclats le miroir aux alouettes, la grand-mère, forte comme les femmes là-bas savent l’être, entrant elle-aussi dans le mensonge en n’avouant pas qu’elle a découvert le funeste destin de son fils. Mensonges sonnant si vrais… le stalinisme et ses secrets n’ont épargné personne. Et c’est d’autant plus ancré dans le film que cela se passe dans la patrie de Staline, la Géorgie.

Ce film, avec ses trois héroïnes aux caractères bien trempés, m’a fait penser à un livre d’Isabelle Hausser racontant de 1917 au putsh de 1991 la Russie décrite à travers le destin de trois femmes, la grand-mère, la mère et la fille, justement. Trio gagnant. Trio chantant les mélopées slaves, l’amour et le sang, la neige et le ciel grave, en répétant comme beaucoup de russes le titre du livre, Nitchevo, ничего, rien, ce n’est rien, tant pis, peu importe !

Fatalité du monde qui nous entoure de ses anneaux de mensonge et de ciel gris. Mais beauté fatale des yeux bleus et de leurs rires. Et le lien vers la fiche du film: http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/1280462.html

Araignées 4:32 pm

Relisant en ce moment Les Contemplations du père Hugo, j’ai été frappée par l’un des cortèges du poème intitulée "Réponse à un acte d’accusation", dont est extraite la célèbre citation du bonnet rouge. Mais, connaît-on aussi bien la description du mot qui pour le poète a toujours été vivant, et par là-même vecteur de la vie, de sa vie et son combat de romantique démocrate (d’où le titre: Hugo s’explique face aux détracteurs d’Hernani, qui n’ont pas su voir que pour lui romantisme allait de pair avec conviction démocratique) ? Dans tous les cas, Hugo nous apparaît ici comme le dresseur de drapeau par excellence, drapeau de patchwork historique et littéraire cousu par le fil hugolien.

Quand je sortis du collège, du thème,
Des vers latins, farouche, espèce d’enfant blême
Et grave, au front penchant, aux membres appauvris ;
Quand, tâchant de comprendre et de juger, j’ouvris
Les yeux sur la nature et sur l’art, l’idiome,
Peuple et noblesse, était l’image du royaume ;
La poésie était la monarchie ; un mot
Etait un duc et pair, ou n’était qu’un grimaud ;
Les syllabes, pas plus que Paris et que Londre,
Ne se mêlaient ; ainsi marchent sans se confondre
Piétons et cavaliers traversant le pont Neuf ;
La langue était l’État avant quatre-vingt-neuf ;
Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes ;
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,
Les Méropes, ayant le décorum pour loi,
Et montant à Versaille aux carrosses du roi ;
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,
Habitant les patois ; quelques-uns aux galères
Dans l’argot ; dévoués à tous les genres bas,
Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas,
Sans perruque ; créés pour la prose et la farce ;
Populace du style au fond de l’ombre éparse ;
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef
Dans le bagne Lexique avait marqués d’une F ;
N’exprimant que la vie abjecte et familière,
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.
Racine regardait ces marauds de travers ;
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,
Il le gardait, trop grand pour dire : Qu’il s’en aille ;
Et Voltaire criait : Corneille s’encanaille !
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.
Alors, brigand, je vins ; je m’écriai : Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?
Et sur l’Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l’encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées ;
Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d’azur !

Et pour ceux qui voudraient lire le poème en entier, c’est par ici.

De fil en aiguilleAugust 20, 2006 9:33 pm

Grandes lignes de poussière, de déhanchements syllabiques, reposant sagement, sur les étagères. Des étagères multiples, de haut en bas, avec les yeux lisant les inscriptions, à donner le torticoli. Et la folie qui se prépare, les mains lissant déjà les billets. "50 euros, s’il vous plaît". Ce cri que vous entendez, c’est celui du porte-monnaie honteusement délesté par sa propriétaire, filant néanmoins un grand sourire aux lèvres hors de la bouquinerie. Du Mandelstam et du Roy en stock. Et puis, ah, ce Chalamov qui n’a pas bougé de place (ni de prix) depuis mars dernier… les mains se tendent, tremblantes de maladie, avant que vite, le soulagement n’arrive par la caresse de la couverture.

Je ne sais d’ailleurs pas si c’est la couverture qui me caresse ou bien si ce sont mes doigts qui font ce geste. Quoi qu’il en soit, cinquante amants de papier à déguster… ah et puis le regret… j’aurais dû prendre L’amant de Lady Chatterley !

 

(Scène du crime: Montolieu, "village du livre", à côté de Carcassonne". A découvrir si vous êtes dans le coin - pensez cependant à braquer la banque la plus proche avant d’y aller -)

AraignéesAugust 19, 2006 7:01 pm

… ce ne sera pas moi en tout cas qui jouera ici le rôle du Messie. Même si, les ennemis, ou plutôt les indifférents de Dame Poésie sont nombreux. Pour le plaisir, et pour ouvrir cette section "Poésie", un poème de Louis Aragon, extrait de son recueil "Les Poètes".

Le Montreur

Ici danse le zéro vide
L’absence ronde
Le vent blanc
Le repos clair de la pensée

Et peut-être avez-vous assez
De ce joli monde à sanglots

Ah qui nous débarrassera dites-vous des poètes

Mesdames messieurs
Vous vous faites de la poésie apparemment une idée
Sommaire et je vais ouvrez bien les yeux
Avoir à vous en montrer une sorte
Qui n’est plus de votre habitude

Mais regardez encore un peu
Ce beau néant de ma lunette
Ah si vous aviez l’âme honnête
Il vous suffirait de ce feu
Comme une bouche que tu baises
Comme un coup de poing sur le front
Comme la chute d’un marron
      Dans la braise
Le soleil de la vérité
Cède à la lune du mensonge
Passons passons passons l’éponge
Eclaire ta voix pour chanter

Ici danse le zéro vide
L’absence ronde
Le vent blanc

De fil en aiguille 4:36 pm

La Toile, sur laquelle glissent tant de bulles intimes. Et la voix des sirènes cybernétiques, qui m’ont poussée dans leurs filets, à la façon Ulysse, à la mémoire de Pénélope, la brodeuse de toile, elle aussi.

*

Qu’en est-il, sinon, de cette petite partie d’étoile ?

La Cavatine, en mode un peu diva, tentera d’y répondre au fil de ses messages. Si d’ici là un ciseau ne vient pas couper le lien…

Mais pour l’instant, je n’ai fait que passer quelques heures à faire la toilette, sommaire mais je l’espère efficace, de ce blog nouveau-né. Quelques crochets par la Toile (encore elle) m’ont fourni l’image déclinée en plusieurs tons de haut en bas - et théoriquement dans le coin menu, mais ça ne veut pas y venir, j’ai encore des progrès à faire en couture cybernétique -.
En effet, vous aurez remarqué, ô observateurs, qu’il s’agit d’une toile d’araignée, à la mode mélancolique, avec ses graines de rosée ou de pluie. La photo est de Michel Corboz, auquel vous pouvez rendre visite en cliquant ici.

NB: je ne connais ni d’Adam ni d’Eve - quoique - ce monsieur, mais il faut bien respecter les copyrights, n’est-ce pas ? Comment, je suis trop honnête ?

J’espère seulement que l’hébergeur temporaire d’images que j’ai choisi permettra de laisser en place cet ouvrage de broderie naturelle, avec la pluie comme joaillère, l’ombre comme écrin. En somme, que l’hymen fragile auquel me fait penser cette image ne se brise point, point par point, dans la tapisserie du réel. Ou de ces pensées fragmentaires.