Mélange de feu et de glace, langue russe, telle un contraste dans sa traduction française, ne demandant pas d’autre poète qu’Ossip Emilievitch Mandelstam (Осип Эмильевич Мандельштам) pour raconter les histoires des désenchantés et des enchanteurs, sur les murmures de nos vies, sur les murmures de cette époque de sang et d’eau vive.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Déverse-toi, Volga, verse-toi vite,
Foudre frappe les toits partout,
Cognez grêlons, cognez aux vitres,
Et toi fille aux sourcils noirs, à Moscou
Tiens haut ta tête avec mérite.

L’enchanteur en secret mêla au lait,
Des roses noires, du lilas mauve ou neige,
D’une poudre de perles et duvet
Il a fait surgir ces joues fraîches,
Et ces lèvres d’un murmure sont nées ;

Comment put-elle dénoue, dénoue-la-
Semblable beauté de corneille
Venir d’un radja indien, d’un radja ?
A Alexeï Mikhaïlytch, à l’oreille,
Cours donc le confier ma Volga.

Inégales-pour leurs péchés, leurs péchés-
Les rives s’opposent toujours,
Et très haut dans le ciel, vers les sommets
Volent des autours au sang lourd
Par delà les isbas dressées

Ah, je ne peux plus regarder, regarder
Ces rives vertes et grisâtres :
On dirait qu’à travers les près, les près,
Des faucheurs un peu fous se hâtent.
Par l’averse, en arc, les près sont fauchés

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

A travers les rues de Kiev la hantée
Quelle est cette femme cherchant son homme ?
Mais sur ses joues de cire n’a roulé
Aucune larme, on dirait un fantôme.

Pour lire dans la main, plus de tsiganes,
Au parc les violons ont fui le décor,
Les chevaux du boulevard ont rendu l’âme,
Les tilleuls seigneuriaux sentent la mort.

Avec le dernier tram les soldats rouges
Quittaient tous la ville, sans se sauver,
Et une capote cria, farouche :
On s’ra bientôt de retour, vous savez !


- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Et Ossip sera bientôt de retour lui aussi, ne serait-ce que pour apporter quelques renseignements supplémentaires sur ce grand poète aux vocables souples mais durs, au destin somme toute tragique, celle de toute une époque russe.