Eolienne grecque

Les yeux qui glissent sur les pages. Sirènes, toujours *, à l’écart des vies terriennes, ne pensant plus qu’au niveau des ailes (rappelons que les sirènes avant d’être des dames poissons étaient plutôt des demoiselles façon pinsons ou harpies, c’est selon) ou de l’écume de la mer. Ecume de la mer, rappelant Aphrodite. Vénus de Milo, que son découvreur couvrait la nuit de caresses sur la poitrine. Le peuple grec a gardé son goût des chairs mythiques, preuve en est de ce Pygmalion des temps modernes. Souvenir:

Pygmalion vivait sans compagne, célibataire ; jamais une épouse n’avait partagé sa couche. Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une telle beauté que la nature n’en peut créer de semblable et il devint amoureux de son oeuvre. C’est une vierge qui a toutes les apparences de la réalité ; on dirait qu’elle est vivante et que, sans la pudeur qui la retient, elle voudrait se mouvoir ; tant l’art se dissimule à force d’art. Emerveillé, Pygmalion s’enflamme pour cette image ; souvent il approche ses mains du chef-d’oeuvre pour s’assurer si c’est là de la chair ou de l’ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l’ivoire. Il donne des baisers à sa statue et il s’imagine qu’elle les rend ; il lui parle, il la serre dans ses bras ; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu’ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu’ils ont pressés

- Ovide, Les Métamorphoses Livre X, traduction Georges Lafaye -

*

Eaux vides ? Les yeux glissent vers les cartes de la mer Egée. Soupir, soupir salé… on aimerait tant y retourner. Souvenir. Envie.

- Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l’air plein la narine,
Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
Du vin de jour ?…
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d’amour

Chair des eaux, clair de mots. Grèce, sans élégie, tu m’es chère, en peu de mots. Comme ceux de Rimbaud.