Toujours Mandelstam, toujours, oui, une ligne poétique, en attendant que ma voix ne fasse pendant un moment silence, dans le gouffre de la rentrée, des automnes, des virgules qui s’espacent, point par point… au comble de l’écriture… de la recherche du mot qui pourrait tout dire, et qui pourrait tout ensevelir. J’entre comme qui dirait au tombeau, avec mes mots en valise, des livres pour souscrire, et cette damnée dame que l’on nomme poésie.

Il faudra je le sens d’ailleurs que je m’explique un jour d’insomnie sur le pourquoi du comment du parce que poétique. Peut-être… tout simplement à vivre. Survivre. Comme ont su survivre les chants d’Ossip, dans le terrible grenier à déshumanisation. Petit rappel biographique, Mandelstam est mort en 1938, non loin de Vladivostok, aux portes des "quais de l’enfer" de la Kolyma, qu’a décrit Varlam Chalamov dans ses Récits. Et où un des textes est consacré à la mémoire du poète mourant, disant qu'’il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. Il lui était donné de savoir avant de mourir que la vie c’était l’inspiration." (Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, Cherry-Brandy)

Silence.

Les mots sont des pierres, "voix de la matière" autant que matière de la voix.

Je suis ma foi plutôt d’accord avec la vision de Mandelstam. Mais peste soit de la théorie, rien ne vaut que de lire:

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Par charité et par pitié, ô France, veuille
M’accorder ta terre et toi, chèvrefeuille,

La vérité de tes colombes, le mensonge
Des vignerons nains et la gaze où leurs mots plongent.

Ton air si bien taillé, quand vient décembre,
Est riche d’argent et mortifié tout ensemble.

Violette en la prison (l’infini, quel vertige !).
Une chanson moqueuse, insouciante, voltige –

Où les rois jadis étaient balayés
Par la rue torve et bouillonnante de juillet…

Mais aujourd’hui à Paris, à Chartres, en Arles,
C’est le bon Charlie Chaplin qui règne et s’installe :

En melon et comme articulé il insiste,
Distraitement précis, auprès de la fleuriste…

Ossip Mandelstam

 

Edit: ayant posté cet article rapidement, je ne m’étais pas rendue compte que le poème initial avait déjà sa place dans un autre message.  Changement de poème, donc, ne vous étonnez pas. Signé, l’étourdie.