La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

ToilesSeptember 30, 2006 11:07 am

Ah j’ai du temps du temps à abreuver de mes mots qui dans l’eau font des échos d’huiles et d’oripeaux Qui dans mon dos font des tableaux encadrés de noir - signification, et puis mémoire !

Il y a la réalité de la Volga,
Qui glisse dans l’oeil bleu
De mon rythme amer et verbeux
Ne sachant plus que manipuler
Quelques coups de dés
Sur le tapis du langage
Mots qui s’évadent en éventail
Et la mort devant moi qui
Ricane - Ciel, fou, et roi !

Dans le gris profond de la Volga
S’étalent les volutes de Mandelstam
Présent qui s’arrache dans l’étoile
Gainée de sang et de rage
Présent qui s’amarre dans les rivages
De vos voix embarquées
Sur un frêle esquif de papier
Pape effeuillé
Sur l’échiquier ciel et soir
De ce jeu que dénonce Omar
Où les étoiles brillent un peu
Dans le corps éclaté de la Volga bleue.

Oui, je ne peux qu’appuyer ma barque sur les cordages déjà tressés des sorciers aux mains de lait, tâchées du sang noir Dans le délire de l’écritoire: vous comprendrez ainsi l’image du roi sur sa case, échiquier marbré de soir, cavaliers cavaliers… mots qui cavalent. Cavalièrement, pour reprendre le fil, je m’inspire des rires et des rimes d’autrefois (mais ne sont-ils pas plus vivants ceux qui gisent sous le couvert des vers que nous pauvres rimailleurs de la semaine ?) ou pour mettre le point sur le -i-, des rois de Russie et des mondes idoines, source de lys dans mes papillons noirs. Et puis, la voilà, l’alternance: noir, blanc, réminiscence. Sur ce point, est-il besoin d’y ajouter un blanc de silence ? Ou bien l’écho, frêle et puissant, d’un toussotement, quand la gêne envahit les sens ? Echo des échecs. Double sens initié par la transe; et le poète qui laisse place à ses modèles: filiation en miroir, théâtre éternel qui est toujours une nouvelle fois Par la voix qui le laisse entrer dans le regard Des hommes et des femmes, eux-mêmes toujours, se cherchant en miroir.  

*

Dans leur coin solennel, les joueurs
Régissent les lentes pièces. L’échiquier
Les retient jusqu’au sévère confin de l’aube
Où se haïssent deux couleurs.

A l’intérieur irradient des fantastiques rigueurs
De formes: tour homérique, léger
Cavalier, reine armée, roi prostré,
Oblique fou et pions agressifs.

Quand les joueurs s’en seront allés,
Quand le temps les aura consumés
Certainement n’aura pas cessé ce rite.

En Orient s’incendie cette guerre
Où l’amphithéâtre est notre terre
D’aujourd’hui.
Ce jeu-ci est comme l’autre, infini.

II

Ténu roi, fou biaisé, reine
Acharnée, tour directe et pion malin
Sur le noir et le blanc du chemin
Cherchent et livrent combat marin.

Ils ne savent pas que la main admirable
Du joueur gouverne leur destinée,
Ils ne savent pas qu’une rigueur adamantine
Assujétit leur libre arbitre et leur journée.

Mais le joueur est également prisonnier
(La sentence est d’Omar) d’un autre échiquier
De nuits noires et de blanches journées.

Dieu manipule le joueur, et celui-ci, la pièce.
De quel Dieu derrière Dieu commence la trame
De poussière et de temps et de rêve et d’agonies ?

Jorge Luis Borges (texte original)

Comme dit Omar (Khayyam), théâtralité-miroir. Miroir des aveux et des voiles en vent de poupe qui s’étoilent Dans le jardin secret des oiseaux noirs.

(Ceci je précise a été écrit en cours non pas d’histoire - dommage pour la rime - mais de géographie, la clarté ne sera donc peut-être pas au programme, à vous donc d’interpréter comme il vous en-chantera)

 

 

De fil en aiguilleSeptember 27, 2006 9:58 pm

Oui oui, les échos ne se pressent pas. Je sors d’une soirée énivrée d’intimité, test joyeux d’étudiants essayant de souffler un peu après leur devoir hebdomadaire. (si ça intéresse des petits innocents, tapez test de pureté sur la barre google, ceci dit en passant). Humeur fluctuante. Mots qui ne savent plus vraiment se placer sur les lignes. Rimes qui s’assoupissent, comme la tête qui dodeline le soir sur du Shakespeare. Il y a derrière des chaises qui parlent. Et moi qui fais l’associable. Sûrement à cause de ces humeurs fluctuantes, les hauts les bas, le chaud, le froid. J’aimerais parfois avoir quelqu’un à prendre dans les bras. (rayez cette phrase, elle est d’une petite fille qui croit encore aux mirages). J’aimerais parfois, en écho, me trouver de l’autre coté du miroir,  entre illogisme et calques d’images. Mais cela n’est pas permis, toujours toujours, la logique ! Logique de ce soir: arrêter de penser après des soirées passoires.  

De fil en aiguilleSeptember 15, 2006 11:11 am

Ecran blanc. Puits sans fond. Eau des sonnets qui gouttent, dans le silence des crayons et des craies. Eau des sonneries qui goûtent, le travail de la culture, l’accession aux sommets. Pour l’instant, la frêle silhouette s’étonne, s’émerveille, et s’effraye au contact des virgules, que son esprit n’est qu’une esquisse d’ombre, d’ombre au tableau, où se dessine précis un puits sans fond. Trois petites lignes et puis s’en vont, s’en vont dans le méandre des feuilles, le confluent des ignorances, mais l’envie toujours oui d’apprendre ! Je me sens dans mon élement. Comme un poisson oui dans l’eau, l’eau de ce puits hantant les couloirs et les couleurs de la prépa, que l’on puise, dans les seaux les sceaux de l’ouïe, la respiration haletante, tirant sur la corde qui relie l’esprit au corps.

Funambule des écrits et des réflexions, je me sens à l’aise, sans prétention. Prenant conscience des sombres néants en moi, je persiste pourtant, tout en sachant que ce puits de la connaissance est comme le tonneau des Danaïdes, sans fond. Mais dans le fond, ceci n’est qu’un exercice de forme, pour vous dire que… je suis en forme. Et que cet univers mêlant eau savante et odes marrantes convient à mes ouïes de poisson littéraire, grands yeux écarquillés, ou oeil vitreux en fin de soirée.

De fil en aiguille, ToilesSeptember 2, 2006 10:11 pm

Clac, clic. Je m’en vais. Entrée dans un nouveau tableau. Et comme je rature et rapièce au fur et à mesure mes tentatives de lettres, je vous laisse sur quelques paroles de mars et d’avril, pour découvrir selon le proverbe quelques fils d’argent, à la façon pellicule des soirs d’antan. Quand à moi… en avant ! 

 Le Capitole                                            

Il est tard
Les crépuscules se gantent de noir
Sous leurs saphirs et leurs diamants
Dimanche passe trop vite
Quand la vie se laisse prendre

Par le soin tardif
Du bouvreuil qui chante
Ou par le poète rimant
Des étoffes et des chardons
Des concerts
Tout un silence

Dans la nuit qui tarde
A venir ganter de noir
Mes tableaux blancs
Cousus d’argent et de syllabes.

*

La nuit au sens négatif
Rythme blanc appliqué à l’huile
De ces lèvres d’argent
Nuit aux néons si fragiles
Qu’illuminent les papillons blancs
Sous la lampe des pluies
Des pluies si fines
Lancées par des bras blancs
Ou quelque tour de magie
Glissé entre cou et satyre
Ou quelque tour de glisse
Entre mon bras et ta poitrine ?

Je ne puis dire
Les mots sont sous silence
Dans l’averse sourde des nuits d’antan
Et moi je t’appelle
Echo comme appelle Narcisse
Mon ami, tes lèvres si fines
Où je recueille la poudre des ans
Ne me laissent plus que le loisir
D’écrire ces quelques fils d’argent
Dans la nuit logarithmique
De ces spirales d’éphémérides.

Toiles 7:09 pm

Feuille - René MagritteA la douceur des fièvres
Prennent place la douleur de l’horizon
Si frêle et si pauvret
Qu’il en a perdu toute chanson
Et tout coeur chaud rythmant la batterie
La batterie sonnant lourde sonnant artillerie
Tout coeur chaud de l’homme où s’inscrit
La douceur de la fièvre
Quand elle mène à l’éternel sommeil.

Il y a sur quelques feuilles
Des lèvres qui se sont tendues
Dans l’horizon à nu
Il y a quelques deuils
D’automne et de printemps
Mettant en place leurs robes
De demoiselles farfelues
Mettant en place l’opprobre
De nos quelques disparus…

Mais quelle empreinte est plus profonde
Que celle inscrite sur la feuille ?
Le coeur peut-être et ses raisons
Laissant un peu de lest à la chanson…

Toiles 5:15 pm

Décembre 2005

A la veine jugulaire
Glissent le poids des ans

A la tienne, mon très cher
Pour les perles et les diamants

Je t’offre un peu de rime et de bleu
Et de mon sang veineux
Trace le cou et la bouche de Paris
Où la musique bat son rythme
Comme dans les années soixante-dix

Comme dans les années qui glissent
Sur ma voix et les corps lisses
Des ondines obscènes de la Seine
Et sur l’écorce triste
De ma voix lointaine

Faisant à plaisir bailler sa jugulaire
Au royaume des années post-modernes.

*

Août 2006

Corde, corde, accorde à nos aortes le mouvement de ton corps…

Le claquement des portes

Les claquements des baisers, de tête à corps, du cou vers l’aorte, vers là où, bat le corps.

Core, noyau de chair ! disent les Anglais, corps, version française, bivalve, mesure bilinguale, et entre les langues… un pont de bleu, de sang et d’étoiles. Etoiles que l’on voit quand les sommets vous grisent, d’une certaine ivresse, d’une certaine fatigue… Fatigue des étoiles, là-haut, en bas. L’aorte qui se calme dans l’attente d’un claquement de porte…

Pour que dès lors, ton aorte s’accorde à mon cou, comme un bijou de feuille et de chair, battant la mesure, au gré de tes lèvres…

Les ritournelles restent les mêmes.