Sa femme a eu plus de succès que lui dans les mémoires collectives, ou du moins, la créature que celle-ci a fait émerger de sa plume; lui ne laisse que son nom gravé "on the grave" à Rome. Et c’est un peu ainsi qu’apparaissent ses vers: ciselés en courbes mouvantes dans la pierre.
Sur les lèvres d’un poète je me suis endormi
Rêvant tel un amoureux expert
Au son de son souffle restant en tête ;
Ni dans les recherches ni dans les trouvailles
De mortelles béatitudes ne lui restent,
Mais des nourritures dans les baisers de l’air
Dont les formes hantent les pensées des déserts.
Il regardera de l’aube jusqu’aux ténèbres
Le reflet du lac que le soleil illumine
Les abeilles jaunes dans le lierre fleuri,
On n’y prendra pas garde, et on ne verra pas
Comment les choses existent;
Mais à partir de celles-ci créer il pourra
Créer des formes plus réelles qu’un être vivant,
Embryons d’immortalité !
Une de celles-ci m’a réveillé,
Et j’ai couru pour te porter secours.
*
On a poet’s lips I slept
Dreaming like a love-adept
In the sound his breathing kept;
Nor seeks nor finds he mortal blisses,
But feeds on the aerial kisses
Of shapes that haunt thought’s wildernesses.
He will watch from dawn to gloom
The lake-reflected sun illume
The yellow bees in the ivy-bloom,
Nor heed nor see what things they be;
But from these create he can
Forms more real than living man,
Nurslings of immortality!
One of these awakened me,
And I sped to succour thee.
Percy Bysshe Shelley, in `Prometheus Unbound’ (traduction personnelle)