"L’heure de la violence carillonne où meurent et naissent les mots"
Blanche ou l’oubli. Le titre était prédestiné à accompagner mes nuits blanches. Joie et désespoir. Je ne veux pas faire de style. Les mots pour l’instant sont sous silence, en cage oui, ces farfelus oiseaux qui composent le langage. Perdant leurs plumes sur les paupières blanches… de la conscience. Ah, je ne veux pas faire de style, mais la métaphore me poursuit: plumes oui, de l’oreiller, en écho à mes nuits passées, à méditer. Pleurer aussi, sur mes illusions brisées. Il faut de ça pour devenir adulte. Les miroirs aux alouettes - toujours, toujours, oiseau de neige -, se sont ouverts. Ne plus se laisser avoir par les mots qui empoignent, qui enserrent. Un nouveau chemin, ou plutôt, une vision nouvelle, plus vraie, du chemin; et le lien qui m’obsède, faire le lien entre l’éther et le réel. Je suis sortie de ma Caverne. Sereines, les larmes coulent vers la vie, cette rivière au goût amer, au goût de lys. Et je comprends désormais cette obsession des échecs: blanc sur noir, antagonistes, ombre et lumière*. Se mêlant, pourtant, comme ces images de l’Orient: une relation inéluctable, inévitable, pour qui veut prendre conscience. Lier le théorème avec la vie: cela est peut-être encore trop métaphysique, mais c’est pour le moment ce que je me fixe.
"Je n’ai jamais appris à écrire…" disait Aragon. C’est vrai: une vie, ce n’est qu’un apprentissage pour comprendre les illusions. Balzac avait raison.
- - -
* Un homme seul. Tant qu’il va le vent vire le navire, et ne sait l’eau prendre. Tant l’oiseau tient l’air qu’il ne croit mourir. Et tant court le chien que la langue lui tombe. Proverbes se font comme faux bouquets de foins et de fanes. Les bruits sont nombreux où le coeur bat de l’ombre. Ils n’ont ni sang ni sens, à qui n’est qu’absence. Et cherche l’échelle avec ses deux mains… Il n’y a même pas d’ange avec qui lutter. Un homme seul avec ses chimères. Un Docteur Faust au tréfond du silence qui joue une incompréhensible partie de cartes sans partenaire. Atout trèfle.
“L’arbre [un magnolia] est dépourvu de feuilles – des fleurs épaisses à même les branches, et blanches, pour une espèce de résonance, comme si les mots, jusque dans leur substance, englobaient la continuité de la tige et du pétale ainsi que leur métamorphose.
Un cerveau.
C’est l’image qui s’impose, d’elle-même, immédiatement, bousculant le réel, le faisant chavirer du côté de la fiction, prenant sa place. La métaphore à pleins regards, soudaine, la révélation. Le rapt.”
Il y a des anges dans les arbres. Mais c’est au printemps qu’on les perçoit - encore faut-il savoir les voir.
Comment by Lionel-Édouard — December 31, 2006 @ 3:42 pm
Le réalisme implique-t-il le désenchantement ? Je ne l’espère pas, plus maintenant, pas pour plus tard. L’image de l’arbre à fleurs caresse mes consciences comme un duvet, doux et âpre tout à la fois: nourriture et breuvage.
Suc de la métamorphose. Métamorphose, oui, de la chrysalide, cherchant à concilier ses sourires et ses papillons noirs, pensées tristes, devant le monde.
J’ai peut-être trop tendance à voir le monde comme un échiquier vivant.
Je lèverai le regard de ce plancher en noir et blanc pour trouver la couleur dans les arbres. Au moins une vraie résolution pour cette nouvelle année. Que je te souhaite également fructueuse, dans l’écho des mots…
Comment by Cavatine — January 1, 2007 @ 5:52 pm