La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

ToilesJanuary 5, 2007 6:14 pm

Le silence est sur les pages, indicible, il se meut pourtant, pas à pas… langage des lèvres, un son muet, comme un film d’avant-guerre. Le coeur qui se serre. Pourquoi cette folie des émotions. Ce tourbillon des références, papillons, qui s’apprivoisent, sous la lèvre, la gorge, le coeur nu du corsage. Le texte se tisse. Ah fi donc de l’étymologie. On ne pourra donc jamais faire un texte qui se vaille, allant imperturbable, par mont et par val. Non, secoue la tête: ton poème n’a rien, que dalle, si l’on ose se mettre à l’argot, fourrure des faubourgs, là où il fait froid, dans l’âpreté des étoiles… que l’on ne regarde pas. Pour seuls violons, les grillons sur la colline. Temps mort, temps bas, tempo qui valse… les musiques d’un film, qu’est-ce que cela voudra dire, dans quelques ans, quelques siècles qui filent ? 

 

On ne sait pas. Neige brouillée. On danse, on rit. Les foudres ont de ces éclats, les feuilles, aussi… et ton oeil qui se plisse. Poésie de comptoir ! se dit-on entre deux pupilles. On range les pupitres, les feutres, dans les coulisses. Voilà que tu m’étreins, tu m’étreins, sur le seuil qui glisse…

 

Miroir sans tain.

Le rêve s’en va chercher chemin dans la fumée des trains… Un silence règle la respiration de la vallée: aucun homme ce soir n’a parlé. Buée fraîche. Des bûches qui s’entassent dans la brume de la neige. Le cabaret a fermé. Les voyageurs de la pensée s’en sont allés, et puis, finalement, ont oublié… Un soupir d’halène, là-haut, dans la vallée… de l’âme humaine ?

 

… mais que vaut un point d’interrogation dans un poème.

Araignées 2:42 pm

Eglise Aix en Provence

Le Prisonnier

Les idées de Victor étaient comme des briques: égales, pesantes, aux arêtes vives. Il se mit à l’ouvrage et bâtit une tour superbe. Mais la porte fut oubliée. L’infortuné Victor enfermé par ses briques, ne trouva plus d’issue et périt lentement dans sa prison d’idées.

La Bonne fille

Et chaque nuit, la merveilleuse enfant du geôlier se promenait toute nue dans les cellules et donnait du plaisir à tous les prisonniers. Quel pain d’amour avec le cruchon, la gamelle. Ineffable chaleur, on t’a bien reconnue, va ! Ô poésie, ô fleur de cadenas.

Géo Norge (1898-1990), Les Oignons.

Gouleyant, interférentiel, fricassant, , ayant du "punch" et le faisant brûler, inquiétant, bien sûr, comme tous les tendres qui sont d’affreux cruels (et vice versa), maître-ès-langage, de la composition au contrepoint, de la matière au boyau de chat sous l’archet, il invente, non pas en virtuose (ce qu’il est), mais en magicien. Pierre Seghers 

Une chanson

Une chanson bonne à mâcher
Dure à la dent et douce au cœur.
Ma sœur, il faut pas te fâcher,
            Ma sœur.
 
Une chanson bonne à mâcher
Quand il fait noir, quand il fait peur,
Comme à la lèvre du vacher,
            La fleur.
 
Une chanson bonne à mâcher
Qui aurait le goût du bonheur,
Mon enfance, et de tes ruchers
            L’odeur.

in Les râpes.

ToilesJanuary 4, 2007 12:36 am

Les mots ont les arts du mensonge dans leurs bouches, ils créent des songes, ils en accouchent, et tout n’est que tempête, voile, bleu nuit de poussière, pour l’homme qui les contemple, les manipule, lui l’obscène, cherchant la vérité dans ce mentir-vrai…

Oeil de cyclope, qui trouvera ta lumière ? De jaunes iris s’inclinent, tendrement s’orangent par l’orage des nuages, et l’on voit que ce n’est qu’une image, encore une fois, dans le reflet des paupières. Des cils s’abattent, c’est l’hier, froid et implacable, qui condense l’oubli en de la matière qui s’égrène, comme une robe immense, une robe d’hiver… Manteau blanc.

 

Feuille blanche, qu’est-ce que l’auteur y ramène, avec ses sornettes, ses idées qui le rongent ? Toujours chercher une porte ouverte, vers l’art du mensonge: et enfin éclater à la lumière, dans les cendres, la poussière. Un grelot d’étain de l’âme et de la matière, qui lentement s’éteint, s’éteint… le jeu de mots, cette affaire tragique, où les mots se sondent et s’amplifient, mon amour, ce n’est qu’un jeu, le triste jeu comique, où les hommes de tout temps cherchent à remplir la page blanche. De la misère sous leurs ongles blancs. Mais quelques caresses sur leurs lèvres d’enfants Apportées par les mots, ces indicibles craies humaines Sur le tableau noir comptant soleils et tempêtes.

 

Manteau noir. Nuit et lumière. Je ne murmure qu’un nom, s’effaçant dans la grêle. Un goût amer de synesthète. L’alcool des mots, cet ocre piquant aux reflets de carnation, pour rendre compte de ce monde; que je ne vois que comme une partie d’échecs, alternance des manteaux. Eau qui grêle. Pourquoi pourquoi pas d’arc-en-ciel ?

*

(Hors-propos: Nabokov était synesthète… ceci explique cela, je le garde en tête).

InterlignesJanuary 2, 2007 5:50 pm

Et je m’endormis, la tête sur ce livre ouvert, et non coupé, tout habillé, vaincu, par une force irrésistible laquelle, sous ce genou de songes et de mensonges, me tint ainsi, ployé, dans les visions doubles du réel et de l’iréel mêlés, jusqu’au petit matin du premier soleil, et le bourdonnement énorme de l’avion qui s’en va de Nice vers Genève.

L.A