Malgré le fait que les deux mots titrés ici riment, aucun éclat de diamant ne bouscule mes portes closes. Anagramme de cavatine: encavait. C’est bien cela, les yeux caves, je cuve mes étoiles d’araignée, récuse mes sentiments attardés vers quelques paupières moites, accuse ce moi qui ne fait rien, qui s’use dans… l’inutilité.

Inutilité d’écrire, même, peut-être… pas moyen de construire une corde sensible sonnant juste avec mes quelques brins d’émotive. Et l’on coupe net, comme Atropos. Râle râle… râlerie. Mais pour éviter de faire sombrer ce message dans le pathos, tenez, voici (même sans lecteur visible, le je continue à se projeter dans un autrui hypothétique, que voulez-vous, c’est automatique, ce jeu-ci):

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La poésie au rythme des balances
Se déhanche sur des ombres de diamants
Par la Nature écorchés lisses
Au rythme du vent et de la pluie

La poésie – enfin qui s’en soucie –
A mon âme entre ses doigts fragiles
Et le rire dément et triste
Des lumières dans le bleu de la nuit

Et puis va balance ma grande
Des épitaphes aux pauvres épouvantails
Balance te dis-je des croix et des fracas
En mandragores et en palabres

A cueillir entre les lèvres de qui possède
Le rythme des balances et des diamants
Et puis au détour de la rue à l’oeil clos
La paupière dénudée et le fard tranquille

La poésie prend mon bras et trottine
Vers les couteaux et les danses de l’insomnie
Vers que dis-je des ombres de diamants
Et des rêves d’outre-tombe et d’insolence

Ou comment défier la nuit
Et ses pointes adamantines
Où des rêves des rêves expliquent la vie
Par un point - une ligne – un écho qui ravine

Mais déjà l’ombre fait place au soupir
Et l’on range les instruments
D’alcool poétique L’on se démaquille
La paupière dénudée et le fard tranquille

Un peu de vin restant sur l’épaule
Un peu de rien un peu de vie
Dans la paume des vers écrits
Et des fracas d’étoiles rendant ivre.

(poème sorti des tiroirs poussiéreux de l’an dernier… et à mes yeux, certes, trop poussif… passons aux Adieux :)

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l’eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu’il voit
Ce qu’il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu’il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l’ai quitté
Et les teintes d’aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d’une nuit d’été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s’étonne
Celui qui ne sait plus prier

Mais l’oeil demeure au tard d’hiver
Le transfigurateur du temps
Aux arbres nus rend le jour vert
Et verse aux autres dans son verre
Le vin nouveau d’avoir vingt ans

Louis Aragon, Chagal VI, Les Adieux.