Alors voilà, l’on lit quelques poèmes de Louis, l’on écoute quelques notes de Nick (dans sa Cave, cela va de soi), et tout va mieux, tout empire. Question qui bruisse: quel empire de l’art sur nos vies…
Les oiseaux aux ailes fragiles n’osent répondre, tandis que la nuit lentement tombe. Couleurs de safran et d’orange rongant les ongles de la nuit.
Une image de poubelle incendie (the mercy seat is burning, and I think my head is burning*), monde où nous sommes peut-être tous coupables… où je me crois parfois coupable d’écrire des fables; tout ça n’est pas clair, je le sais. Les images se succèdent dans le rythme surrané des anciens poètes à qui je dois quelques dettes. L’art**, ce paradoxe né, est utile dans sa non-utilité. Questionnement et paradoxe, malgré le ton de certitude avec lequel on nous sert tout cela, cet empire, à nos pieds… chiffonné. Mais n’est-ce pas aussi la beauté d’une paupière plissée ?
L’univers microcosmé…
Car tout débuta par la Création. Peu importe que je le dise par allusion, d’autres l’ont déjà dit et le diront.
* And in a way I’m yearning to be done with all this measuring of truth… an eye for an eye, a tooth for a tooth, and anyway I told the truth, and I’m not afraid to die. Nick Cave and the Bad Seeds, The Mercy Seat.
** "J’hésite entre le pôle clair et le pôle obscur de l’art", Aragon
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J’ai chanté tant qu’à me taire
Les oiseaux me soient venus
Sur l’épaule y croyant faire
Voyage dans l’inconnu
J’ai chanté des mots sans robe
Sur un air mal inventé
Ayant mis mon âme folle
Et tous les yeux de l’été
C’était quelque part au monde
Avant l’heure où naît le vent
Les miroirs au creux de l’ombre
N’avaient rien à dire aux gens
C’est toujours un terrain vague
Où s’égarent les secrets
Je ne portais pas mes bagues
Et quelqu’un d’autre pleurait
Nul ici ne s’intéresse
A savoir d’où vous veniez
Les choses n’ont pour adresse
Qu’où les met le chiffonnier
Louis Aragon, XI, Poèmes des années soixante, Les Adieux.