Oubli ? Oubli. De ces nuits où la lune s’accroche au luth de mes lèvres, où herbes folles parcourent la grève sèche, molle, percée de quelques rayons, sur la terre ferme. Mais… ? Pas de terme ferme pour expliciter la parole. L’oubli d’une musique triste, s’allongeant en alexandrine… Larmes qui s’infusent dans un thé aux agrumes. La lune. Fume ? Fumée des fantômes jouant aux dés, éclairés par les lucioles, et les étoiles, là, paupières déjà mortes. Oubli sortant du réel, déformant à souhait, comme une nuée brève, les mots qui ne sont pas sortis de mes lèvres. Rêve. La nuit passant comme une longue insomnie… Rature, rature. Que voulait-on dire ? Un peu de poussière, là, sur les lignes, et l’aube à la fenêtre, déjà, qui s’étourdit…

* * *

Ces longues nuits d’hiver, où la Lune ocieuse
Tourne si lentement son char tout à l’entour,
Où le Coq si tardif nous annonce le jour,
Où la nuit est année à l’âme soucieuse :

Je fusse mort d’ennui sans ta forme douteuse,
Qui vient, ô doux remède, alléger mon amour,
Et faisant, toute nue, entre mes mains séjour,
Refraîchit ma chaleur, bien qu’elle soit menteuse.

Vraie, tu es farouche et fière en cruauté :
On jouit de ta feinte en toute privauté.
Près d’elle je m’endors, près d’elle je repose:

Rien ne m’est refusé. Le bon sommeil ainsi
Abuse par le faux mon amoureux souci.
S’abuser en amour n’est pas mauvaise chose.

Ronsard, Second Livre des Sonnets pour Hélène, sonnet 41