La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

Hors-catégorieApril 30, 2007 4:17 pm

Pour offrir un contrepoint à mes bavardages avec les muses, voici une mise en murmure, une "recherche de l’écriture", si l’on peut dire. Quelques carnets en bref où la prose prend le pas sur la pose poétique, du moins dans l’intention (le message "Sens" est un alexandrin, cela dit "prosaïque"). Sa longueur de vie comme son contenu est indéterminé. (quoique, ce blog lui aussi est à portée indéterminée, bordélique que je suis). L’idée d’un carnet de littérature me tenterait, mais après tout, les blogs comptes rendus de lecture ne manquent pas sur la toile. 

On me murmurera peut-être à l’oreille quoi faire de cette schizophrénie littéraire…

De fil en aiguilleApril 28, 2007 10:12 pm

Nous pourrions transcrire mille images, que cela ne suffirait pas, à dire le sens du monde, son éclat de brouillard. Je pourrais de mes faibles images façonner un monde où l’herbe s’allonge et où le chant se ronge… Cela, cela ne suffit pas. Cela, en peine de définition, tombe comme une vision sur nos paupières, nos visages. Mes visages façonnées au gré des ombres, des rivages. Une empreinte de feuille et de langage sur ma face… face face au monde… que puis-je faire, si ce n’est en silence transcrire quelques images ?

Je manque dans mes réflexions d’organisation, le cédant toujours à la rime, cet accord de chanson. Je manque d’implication dans le monde, et pour cela n’arrive pas vraiment à écrire, juste à transcrire, quelques émotions. Je manque de pratique au niveau poétique, je n’écris plus de vers, j’erre, comme une ténèbre, dans le flot continu des récits que la vie construit. J’erre, mais j’interpelle, et quelques fois, un sourire se reflète. Yeux de poète. Je n’ai pas la foi au sens strict du terme, mais la coïncidence, comme les rimes s’appellant, me fait faire recherche. Car tout est là peut-être: si tout n’était que re-cherche, re-découverte, re-dite, au sens subtil du terme ? Cette dernière ligne, d’autres l’ont déjà transcrite. Le langage est un rite: répétition de la recherche, monde Monde monde… qui es-tu, en chaque être ?

Et le silence se fit Tombeau d’infini

Parmi les couleurs de la nuit

De fil en aiguille 7:32 pm

J’aurais beaucoup de choses à dire. Je suis bavarde, me concentrant sur le jeu du moi, le mot du je, etc. J’aurais beaucoup de choses à dire, bis. De petites annotations en mouvements et éclats, clac. Du style à essayer sur mes silences emmurés, mes silences d’étoiles. Réflexion, réflexion à double portée: trop de lourdeur, parfois, dans l’écrit où l’on pèse chacun de ses mots. Moi et ma volonté de faire court avec mille papillons voletant dans mon cou et mes lèvres… inepte.  Un peu de blanc, que diable, un peu d’air, dans ce corps trop concentré, trop comprimé… cette chair textuelle. Ces vers, craquement de vertèbres.

L’expérience d’une douleur du dos, me forçant à prendre du repos, me plonge dans quelques peines: ma volonté d’écrire ne s’éteint pas dans les ténèbres de mes vertèbres, et je cherche, toujours, comment créer le soleil physique dans ma poétique. Alors même que j’ai des écrits (blancs, cela dit) dans une semaine.

Le mieux quand on a du mal à rester assis est encore de rester au lit, et tout ce qui s’ensuit:

Etoiles, étoiles, je vous lirai avant de vous dire.

Toiles 7:07 pm

Il fait un grand vent dans les feuillages. Je voudrais, poings dans les poches, virgules en croches, réinventer le langage. Mais je ne fais que brasser d’immenses fragments de poésie, de pensée, comme les faucheurs au temps de la fenaison. L’écho roule sur les roches, raille mes déceptions. Un corbeau craille, à moins que ce ne soit une corneille. Peu importe, se répète-t-on, si encore mon travail était utile comme ce que meuvent leurs bras. Et si encore ma main était aussi précise que les leurs pour couper et relier les tiges… et si et si… la musique s’en va bruire dans les feuillages, et mon langage comme un peu de soleil s’en va se dissoudre

Dans le grand vent des feuilles sans images.

Hors-catégorieApril 15, 2007 1:40 pm

La toile m’étonnera toujours. Inventaire de quelques parcelles - que l’on peut également retrouver dans mes Liens -.

Interview vidéo de Louis-Ferdinand Céline par Louis Pauwels sur ce blog méditatif.

Etudes critiques des oeuvres de Nabokov, en anglais, russe, français.

Une poète suédoise traduite en français, Karin Boye

Une excellente initiative de Marc Mayet, répertoriant chaque jour un blog.

Quand à moi, je tire ma révérence pour quelques semaines de travail, mode veilleuse mis en place !

Toiles 12:26 pm

Brouillon      Des lignes. Un écho. Des lignes. Le bon mot, silence, silence, ça frappe dans les tiges de la syntaxe qui ravine

Des cailloux roulés sous la langue. Terre à terre, homme montrant du doigt un écho, le ciel. Cil qui s’ébat, s’émeut, se perd. Des sensations de neige, bientôt, affleurent à ses lèvres, lui l’homme dit moderne. Le sang du ciel descend sur la terre vierge, ou du moins nette par-ci par palette, pour placer un griffonnage, une bête mythique, un texte aux portées musicales….

 

Portée… quelle portée, demandent aux alentours les visages.

Des reflets de bleu passent sur eux comme des nuages. Un frôlement, un frôlement… bruissement des pages.

On ne sait pas cela dit si ce que le "mage" a écrit est vraiment sage.

Il interroge le ciel, et puis ses lèvres font le reste. Un baiser embrasant l’humanité entière, tous se penchent, tous y collent, tous y adhèrent. Mouches noires ou mouches à miel.

Texte qui se digère dans les digressions, et qui aux vents se disperse Comme une poignée de pissenlits…

Des lignes des lignes un écho. Des lignes. Un écho. Toute chose bruit. Quelques graines peut-être parviendront à fuir Pour semer le vers

Dans le pampre réel de la vie.

De fil en aiguilleApril 14, 2007 9:14 pm

Parlons bien, parlons peu, parlons prosaïque. Et d’abord, des routes parallèles avec la musique: l‘Hymne à la joie de Beethoven a succédé aux variations mélancoliques pour piano de Didier Squiban. Ombre et lumière se complètent pour former mes tableaux scripturaux. René Rémond est mort. La prof d’histoire nous fera entendre les violons de la Jeune Fille et la Mort de Schubert (rapport, quel rapport ?) dans ses trémolos vocaux. Je n’ai bien sûr pas assez travaillé, notamment à cause de mon dos. Mais je veux bien sûr positiver (introduirons-nous Lorie dans cette sonate* ?), et ne pas tirer la sonnette d’alarme. L’âme aussi est un peu à soigner, dans ce genre de cas. Relations humaines (griffes qui parfois entament), réflexions vaines (parallèle de fleurs qui se fânent), et j’en passe, y compris sur le véritable sens du mot moi. Caractère, ou personnage ? La vie n’est pas un roman, comme me disent ces lèvres que j’aime tant…   

Mais m’y poser en mode poésie m’est impossible, car la sonnette déjà a retenti… Soupir. Retour au parcours classique.

 

* Le parallèle avec le parcours narratif classique en littérature (situation initiale — élément déclencheur — péripéties) est facile à faire, et les compositeurs n’ont pas hésité à exploiter cet aspect unique de la forme sonate à partir de la fin du XVIIIe siècle. Un excellent exemple de l’utilisation de la sonate pour ses propriétés spécifiquement narratives peut être trouvé dans les quatre mouvements de la Symphonie numéro 3, op. 56, dite « Écossaise », de Felix Mendelssohn-Bartholdy. (Wikipédia)

De fil en aiguille, Toiles 8:39 pm

Le soleil a brillé. La beauté humaine serait ici trop longue à expliquer. Et je ne sais quoi raconter. Quoi décrire… sourire doublé d’été. Mon bavardage toucherait simplement les étoiles, à mon avis. Quelle idée d’ailleurs, quelle banalité, de parler en poésie des astres, des lueurs qu’ils inspirent, se reflétant sur la peau humaine, à travers un morceau de voile ou de fenêtre. Quelles idées… quelles idées ? Ah Messieurs Dames, si vous saviez. Je vis pour quelques moments d’idéal, où tout se suit et se détache, comme sur une écharpe paradoxale, une, tenez, une traîne d’étoile. Où la beauté - beauté d’ivre et bâton d’ivraie - file avec l’éclat. Eclat, éclatement de la phrase. Comme, un beau jour, le soleil. Et moi comme toujours je file, file, dans les deux sens du terme, Broderie du toi sur étoile de buvard, et moi et moi répétant comme une seule voix: Le soleil a brillé comme un jeu de langage. Nul n’aura besoin d’une image.   

ToilesApril 9, 2007 10:22 am

J’ai souvent imaginé ma mort. Ou plutôt, je me suis souvent imaginée ma mort. Un vaste reposoir, où le corps serait déposé: lit, couvertures, toiles d’araignées y seraient prohibés; de même que le blanc, cette couleur infamante, que je n’ai jamais su bien porter. Plus que du noir, un noir d’encre. Et peut-être, dans le secret des portes qui coulissent, aurai-je laissé quelque personne éplorée, quelque héritier avide de la bibliothèque de mémé; peut-être, simplement, quelque soupir déjà éloigné. Dans ce tombeau il n’y aurait pas de cercueil. Ni de fleurs à poser entre les mains de mon corps inanimé. Je n’aurai pas souffert mille morts, j’aurai subi mille mots. C’était peut-être ça qui la rongeait, la pauvre, à quatre ans elle lisait déjà, vous vous imaginez ! Non, répondrait l’autre. C’est maintenant que l’on peut imaginer. L’imaginer. Parfum de l’absence qui nous fait rêver. Surtout pas de flamme, pas de brasier, ni de couronne, comme dans les épopées.

Dans ce tombeau pas de cercueil. Juste peut-être un recueil. Et les vers rimeront avec la terre. Et les doigts enserreront le papier destiné à disparaître, rongé par ce dont il est fait. A moins que ce ne soit un roman qu’on place entre les phalanges… …l’écho répond ange. Ce dont on est sûr, du moins, c’est qu’il s’agit bien d’une histoire de plume. Du blanc sur du noir: peau puis os contre le limon noir, parallèle au papier contenant la pluie noire. Et le monde sera toujours là, entre ombre et lumière. Et peut-être aura-t-on glissé entre les doigts de l’être les feuillets d’un auteur oublié, et que personne ne pourrait écrire. Le monde réel serait son titre.    

ToilesApril 7, 2007 4:37 pm

L’expérience hors des lignes compte aussi. Celle où le fracas des étoiles remuant dans la tête n’aboutit qu’à de tristes zébrures noires sur le papier sec Alors que des torrents des rivières Tout un paysage en somme, un landscape, comme qui dirait par-delà la mer, se déploit et se déverse.

Hélas, pas de réverbère reflétant sur la page ces ombres et ces lumières. Le sanglot qui tinte comme la grêle - grève des pages, ou bien des plages… - un son qui tinte comme une étoile sèche Inapte à se métamorphoser en vers.

Mais l’expérience hors des lignes compte aussi… lignes de chemins de fer, où l’on ne sait faire prendre chair au texte de brume et de lierre. Inanimés, imbuvables, ces brouillons sur papier buvard et bavard Aspirant ces volutes de fumées venues au hasard
Des rails.

Et l’on se raille, en guise d’échappatoire, face à ce bavardage interne, où tout se noue, se vrille, se perd. Ah ah… étoiles noires, gorge qui se serre, comme si une pointe s’y mettait en travers.

De pointe à la ligne, il n’y a cependant point, juste un point d’agonie, quand la note frémit dans la couleur de la pensée, mais sort assourdie du gosier.
L’expérience enfin comme un univers où les mots drainent la poussière
Dépouillés de leur chair
Dépositaires du silence
Présent dans tout être Et tout texte

La vie en marge du vent Faisant frissonner les feuilles Où s’inscrivent les halènes
Par-delà les lignes par-delà les frontières
Qu’impose la langue et son flot d’univers

Une buée à la fenêtre.

 

(Les écrits s’envolent, les paroles restent, selon les Anciens Grecs)

ToilesApril 6, 2007 9:34 pm

Etoile fossiliséeOngles polis de mélancolie. Que dire que dire, sinon le silence germant dans le gouffre des lignes. Que dire que faire, entre action et contemplation, que lire, qu’écrire. Des virgules d’interrogation en forme de chemins de fer. La brume et la fumée dans les clairières de l’esprit, ondes vertes, chaleur d’été cramoisi. Et déjà l’écho des mots qui réveille: fer, faire, verbe au faîte des feuilles d’herbe… qu’est-ce que vouloir dire, quand la pensée se drape de nudité, quant les échos se font éclats de musicalité, qu’est-ce… au fond, une seule idée: brassée de papiers, brasier d’idées, où la sensation affleure comme un bouquet de lèvres, comme… une substance d’étoiles Déjà mortes comme un lambeau d’homme (fer, chair, fait, pensée) et qui pourtant Pourtant portent toute leur vie sur un temps aboli comme… Des ongles polis de mélancolie

De fil en aiguilleApril 4, 2007 12:06 pm

"C’est sérieux, j’ai balancé
Mon dictionnaire de rimes
Je n’écris plus de chansons
Non ! J’travaille pour de bon"

- Claude Nougaro, Je suis sous -

Je me souviens d’une phrase d’un de mes professeurs de français, en début d’année, lors de notre heure hebdomadaire de critique littéraire. En substance, cela disait: "il faut avoir un peu la volonté de devenir écrivain quand on est en khâgne, mais pas la volonté absolue, sinon… "vous êtes foutus" (comme dirait cette fois-là mon prof de latin). J’aspirerais à plus de liberté, plus de réflexion (et moins de "bachotage", recrachages encrés, avec vernis et polissage, dignes d’enfants bien sages), mais soyons réalistes, soyons bêtes de somme (même si nous manquons en substance de sommeil)…

La bête cela dit -elle se connaît- broutera sans doute, malgré ce qu’elle ânonne, quelques fleurs, boutons d’or (par ailleurs toxiques) ou orchidées (sans autre utilité que leur beauté) en dehors de la pelouse que nous sommes sommés (!) de mâcher et recracher. Il n’est pas dit cela dit, même en apprenant tout Apulée, que les portes de la khâgne s’ouvrent comme celles de Troie vu l’état piteux de la monture, notamment au niveau des vertèbres. 

Métaphores filées en avril, alors même que c’est interdit, ou du moins déconseillé… allez allons, petits ânes bâtés, circulez !

De fil en aiguilleApril 1, 2007 6:09 pm

Ce chiffon rouge me chiffonnait, alors qu’un démon sournois jouait du xylophone sur mes vertèbres déjà chiffonnées de toutes parts; râles des murs blanc sale, autour du lit qui n’était même pas d’hôpital. Le tragique était donc palpable via cette tâche rouge comme une lèvre, rongeant l’évier comme une lèpre de velours. Univers moderne comme un sanguin coucher de soleil. Au lieu de peindre des couleurs à la sanguine, récitons donc des voyelles, me disais-je en prenant papier et stylo, stylo-bille. Mais ce dernier dans son dégoût dégouttait de son sang. Ce furent au final tâches d’encre qui s’exprimèrent au compte-goutte; à l’empreinte de mon pouce, oreiller, taie, murs, couvertures, peau, et bien pis, poésie,  finirent sous un amas d’encre lourde. Le monde le monde réel prenait vie. Et de manière prosaïque, je m’endormis.