La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

De fil en aiguilleMay 30, 2007 2:03 pm

Baruch (Spinoza) est admirable. L’administration de la fac est abominable. Dans les yeux s’époussette le ciel. Dans l’esprit s’épouse la chair. Reste la mélancolie de trouver le mot juste, caillou roulant infini, mot qui s’agite. Comme une lèvre tremblante. Le ciel est fou de paroles non-dites.

Et je tremble.

Que dire à travers le quotidien, le rire, le sourcil - douceur de la pluie -, la tranche d’un oiseau peint - masques d’humains -, le vide, le souci… Je dis. Ou plutôt devine, comment mettre en forme les formes qui coulent sur la rétine - photographie -. Aux autres de voir la lumière en négatif.

De fil en aiguilleMay 25, 2007 5:40 pm

Caillebotte, Rue de ParisLa pluie, comme une ombrelle, se jetait des toits vers la terre. Je marchais, à l’aise, dans les couloirs ternes du lycée. Et tout semblait ainsi parfait, comme les lignes fluides qui tombaient sur la terre et les feuillets. Je marchais, récitait des bribes de vers, allant vers… une écriture dans un couloir jauni - Bâtiment D -, un de ces multiples couloirs canoniques des années 1980 ou quatre-ving dix, pour écrire. Car à l’intérieur de moi ma gorge éclatait, éclate, même entourée de barrières allant du mur matériel au sentiment de pudeur interne. La pensée élaborée au fil des pas voulait se mettre en page. Une liberté dans les contraintes me soufflait à l’oreille ce que j’allais écrire plus tard, entre deux murs, deux ratures. Deux écritures: celle de la préparationnaire, avec succès divers; celle de la parole de la pluie, rompue aux joies et aux soucis, cherchant la rime (à quoi cela rime ?) au soleil. Pluie et soleil ? Deux divisions internes et externes. Chaque lèvre contient sa part d’ombre et de lumière, reflet du réel. Nous demeurons en perpétuelle tension, pensais-je sous le temps gros, gros de lignes éparses, coulant fluides. Le rideau de la pluie… tout est affaire de perspective. Tout est… mais je verse déjà dans le trop plein de pensées. Ecoutons plutôt la pluie tomber, versant l’ombre sur les légères paupières, sans quoi la profondeur ne serait.

"Tout cela est bon à jeter à la poubelle"

Toiles 4:23 pm

Chanté

Tout n’est que rime
Tout n’est que trêve
Couleur des heures qui se dressent
Dans le rire d’une alouette
Tout n’est que rime
Tout n’est que trêve
Miroir terni
Rime se tresse
Et tous les noyaux des mots s’entremêlent

Tout n’est que rime
Tout n’est que trêve
Pour une brise
Prise sur quelques lèvres
Destinées à rire
D’un bref éclat de poussière
Et parfois sinistre
Brisant le rêve de la vie
Et du sommeil

A quoi sert-on
Hormis d’ivresse
Une rime et puis
Vite une bière
A qui sert-on
Remis du rêve
La couleur pleine des semaines

Tout n’est que rime
Tout n’est que trêve
Miroir se brise
Rime se tresse

Et le silence s’entremêle
Du rire des Fois dernières

InterlignesMay 20, 2007 3:00 pm

"En revenant, la comtesse me dit d’un air plein de mélancolie :

- Je suis trop heureuse, pour moi le bonheur est comme une maladie, il m’accable, et j’ai peur qu’il ne s’efface comme un rêve. "

Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée.

Je rajouterai que trop de beau nuit au beau, à sa vérité. Un beau peut être dans la pou-belle, ou le beau dans une poubelle: tout n’est que recherche (mélancolie de la Recherche du soi sur lignes de soie), tâtonnement d’alchimiste, entre poudres noires, poudres tristes. Et parfois jaillit la couleur, pour un temps, une heure. Le souvenir nous fait par la suite prendre conscience du bonheur. Le bonheur, cette sinuosité où tout semble lisse, tranquille (comme un lys), mais où s’achemine la conscience des profondeurs, des paradoxes, de l’indicible, en somme. Le bonheur à mon sens n’est pas beau, il est l’art même de la vie auquel tend chacun. Poignée de rires, poignée de larmes, poignée de terre, résument ce chemin.  

Toiles 1:08 pm

Qui dira la nudité des choses, si ce n’est la paupière bavarde ? Qui dira ce que le silence pardonne, quand tout est écho de râles ? Qui dira le quid des temps présents et futurs, au-delà du langage et du quorum requis ? Qui dira ce que fait ce point d’interrogation dans la bouche du lecteur; le mystère de la feuille blanche rendant compte de la feuille verte, les couleurs du soleil.

Qui dira les mots oubliés pour les réinventer Sera pour un temps de parole le créateur d’une pensée Fleur à imaginer Avant que d’autres lèvres ne viennent la croquer Fous que nous sommes Fous que vous êtes ! Images sans cesse à retracer.

Toiles 12:27 pm

 

Des fraises, le fond secret et sucré des choses.

De la pose, le frais ombrage des baisers.

Et du tableau s’anime sous l’ombrelle

Le bruit de l’aile comme pinceau.

De fil en aiguilleMay 4, 2007 4:42 pm

Tant de choses à écrire, tant de choses à repriser. La métaphore au bout de l’aiguille, et finalement, nihil. (ne hilum, provenant de ilum, le fil, à ce qu’on suppose). Pas de fil, donc, à coudre, pour rétablir ma chair et mes hypothèses. Je reste donc les doigts en l’air pour palper le soleil, la moisson des chevelures qui circulent dans la rue, les piétons sous la lune… la vie comme prétexte ridicule pour la fouiller, la transformer en poubelle, en ne retenant parfois que le souffle dernier, la beauté d’elle…

Je me suis piquée de littérature comme la Belle au bois dormant au fuseau.
Temps du réveil, dans le travail des mots.

ToilesMay 2, 2007 11:43 am

Il apprit des voix, des marelles. Celles du soleil, sel entre les lèvres, couleurs des étoiles qui veillent. Il apprit mes voix, mes marelles, celles des paupières où dans les larmes les yeux se reflètent.

Il a pris ce que le monde cachait derrière ses vitrines de papier, et compris le jour de la pluie, l’amour de la nuit.

Il apprit ce que ma voix distille quand à mon tour j’apprends ce que le langage ne peut conjuguer

Que dans le présent de nos corps
Et l’imparfait de mes accords
Ne pouvant restituer
Le fracas des paupières
Comme un caillou vers la terre… 

Le ciel !

Et dans un souffle Mes je de marelle
Doucement doucement se sont Tues vont se taire

Un monde entier bruissait
Dans ce silence solaire.