La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

AraignéesJuly 31, 2007 7:07 pm

Les copeaux jonchent mon atelier.
Je cherche une balayette.

Je requiers une alliance.
Un abreuvoir. Une traverse.
Pour consolider mes pas.
Entretenir la poussée de mes ongles.

L’ailleurs ne porte pas la vérité.
La prière est aveugle. Le vent est seul
A courber les branches.

Ici je sais.
L’extrémité du conduit.
La table couverte de mots.
Les objets que mon corps effleure.
Les mains sur mon visage.

Au fond de moi.
La présence du poème.

Jean-Michel Bongiraud, Fermentations poétiques

De fil en aiguille 6:54 pm

J’ai écrit, toute la nuit, des lettres. Que je n’enverrai pas. La seule adresse est L’imaginaire, immeuble bâti sur les souvenirs. Un peu branlants, ils me cernent, et je respire, sous les nuages, des virgules.

Je cherche en moi comment percer le texte. Attraper la fêlure où le monde se révèle. Un point virgule ?

Hors-catégorieJuly 30, 2007 3:21 pm

         En grec, la pastèque, ce fruit énorme, gorgé de pépins et d’eau, se dit karpouzi. On en dirait presque l’anagramme d’un nouveau Pépin le Bref, couronne sur la tête. Autour de lui, un cortège d’oiseaux pépie. Cependant l’on épie, avec le sourire rouge de la pastèque fendue, le prochain pépin que produira le watermelon (melon d’eau). 

Mais l’on s’égare. Pourquoi s’étaler davantage, la tête de melon étant si reconnaissable.

ToilesJuly 29, 2007 11:05 pm

Qui nous dira
Pourquoi écrire

Les lèvres de pluie
Sont comme un émoi

Cristal noir
De l’alchimie muette

Les mots
Des jongleurs tristes
N’atteignent que les étoiles
Sans toucher le ciel
Fond du miroir

Etc etc

Qui dira
La suite
De nos angoisses

Toiles 3:06 pm

http://surmonchemin.blogspot.com/J’ai dormi, j’ai joué, j’ai rêvé.

Je n’ai aucun message à délivrer.

 

 

Araignées 11:23 am

Un jour
nous nous arrêterons
comme un carrosse bleu ciel
au coeur de l’or

nous ne compterons pas
                les chevaux noirs
plus d’addition à faire
plus rien
à distribuer

un bout de bois
dans la main
nous passerons
par le trou noir
              du soleil
qui brûle


Miltos Sakhtouris, in Anthologie de la poésie grecque contemporaine

De fil en aiguilleJuly 24, 2007 11:41 am

TicketsCrête: l’île faite de pétales de rose, suivant l’appelation d’Homère. Aujourd’hui, le rose a fait place au rouge écrevisse, sur les plages. Dommage. Mais cela n’enlève cependant rien au charme "palatial" (comprenez les vestiges de la civilisation minoenne) et paradoxal (douceur du miel, rudesse des roches) de l’île. Il faut s’avancer hors des sentiers sandalés pour comprendre les rides, le sourire, l’âpreté crêtoise. Et l’on ne peut s’empêcher d’un peu pester contre la rosse touristique, menant sur son dos la perte de l’âme grecque, même si c’est pour eux une manne céleste, au point de vue économique.

Entre deux embouchades et trois ou quatre cars, le dieu Zeus murmure encore à l’oreille de son île natale, parlant de ces hommes ingrats, égoïstes et faibles, mais brillant parfois comme mer au soleil, à la façon de l’éternel.

De fil en aiguille, InterlignesJuly 8, 2007 1:48 pm

Depart"En Grèce, la terre s’entr’ouvre sans cesse sur l’eau, l’eau est toujours prise dans la terre: chaque élément est là pour borner l’autre et le sertir.

[…] Délicatement cousu aux lignes de faîte, le ciel ne domine pas cet ensemble; il y est attaché et tient sa place dans l’ordonnance des autres prestiges. L’eau et l’air, immobiles et transparents entre les perspectives ascendantes composées par les montagnes, forment des lacs enchantés, suspendus, dans un rêve vivant, qui nourrit des présences aiguës. Bientôt, pour l’oeil occupé d’une vision de plus en plus subtile, il n’est plus ni mer ni ciel, mais une lumière, une substance fine qui parcourt un paradis tout à fait tangible.

C’est de cette manière exquise qu’a été faite pour beaucoup d’hommes la joie de vivre et de penser."

Pierre Drieu la Rochelle, Une femme à sa fenêtre

 

Décodage: j’ulysse pendant ces deux semaines de juillet en Crête.

InterlignesJuly 6, 2007 11:26 am

Je dis qu’espoir est la grand’ prurison
Qui nous chatouille à toute chose extrême
Et qui nos ans use en douce prison,
Comme un Printemps sous la maigre Carême.

Maurice Scève, Delie objet de plus haute vertu, fin du dizain XCIX

De fil en aiguilleJuly 5, 2007 8:57 pm

- Qui dira le poids léger des mots ?

- …

De fil en aiguille, InterlignesJuly 4, 2007 5:41 pm

Je n’ai rien à dire. Juste à lire. Les visages, ou plutôt leurs souvenirs. Ce battement de la conscience, affleurant sur les lèvres, transporté par le vent. Les images du silence.

 

" - Les visages sont écrits.
- Les mains aussi, dis-je, et les nuages, le pelage des tigres, la cosse des haricots et le saut des thons à fleur d’eau, c’est de l’écriture.

Nous apprenons des alphabets et nous ne savons pas lire les arbres. Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes, les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations, le romarin est une chanson, le laurier une prophétie.

- Moi, il me suffit de lire ton visage, dit-elle.
- Quelle page préfères-tu ?"

Erri de Luca, Trois Chevaux.