Je n’ai rien à dire. Juste à lire. Les visages, ou plutôt leurs souvenirs. Ce battement de la conscience, affleurant sur les lèvres, transporté par le vent. Les images du silence.
" - Les visages sont écrits.
- Les mains aussi, dis-je, et les nuages, le pelage des tigres, la cosse des haricots et le saut des thons à fleur d’eau, c’est de l’écriture.Nous apprenons des alphabets et nous ne savons pas lire les arbres. Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes, les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations, le romarin est une chanson, le laurier une prophétie.
- Moi, il me suffit de lire ton visage, dit-elle.
- Quelle page préfères-tu ?"
Erri de Luca, Trois Chevaux.
J’avais également recopié ce passage…
Oui, une beauté difficile, et intacte.
Comment by S. — July 6, 2007 @ 9:03 am
Mais il est très beau, ce passage, bon sang. Merci.
Comment by Tulipe-qui-pagaie — July 7, 2007 @ 2:30 pm
Et tout le livre est ainsi… J’avoue d’ailleurs avoir eu du mal à le lire. Malgré la brièveté du roman, on a du mal à s’approprier les phrases. La dureté du thème (la vie âpre d’un homme entre son passé et le présent) y est pour beaucoup, de même qu’elle participe à la beauté forte de son style.
A savourer par petites bouchées, donc.
Comment by Cavatine — July 7, 2007 @ 3:31 pm