"Voulez-vous supprimer le texte qui suit ?". "Oui". Sourire: mon texte se trouve contenu dans un clic de ma souris. Ou comme qui dirait dans le presse-papiers. Que de textes compressés en octets et autres octopus. Blogs et autres bogues: compression de la nature.
J’ai des piles de papier tâché par mes doigts, que je ne donnerai à-priori jamais à lire (sauf qui sait sous pression), et pourtant j’écris, avec cette conscience trouble de la possibilité incessante, cette conscience trouble de moi-même, cette ambidextrie naturelle de l’esprit. J’ai appris récemment à jouer aux échecs. Ni une science ni un art. A la frontière. J’aimerais parvenir à écrire comme sur un plateau d’échecs. Sa dose de logique, de structuration, de fantaisie et d’évanescence me fascine. Le plateau et la disposition des pièces s’oublieront vite, mais il y aura eu prise avec cette intelligence, futile, qui prépare aussi bien une attaque cavalière qu’une signature meurtrière. Dans le domaine des mots, il y aura prise entre le propre et le figuré, le sens sous-tendu, la structure engorgée des possibles, la vie en son sens tout futile: vraisemblable.
A en dire cela, j’en ai oublié mon texte qui a fait débuter ce texte. Rien à lier, vraisemblablement, entre les deux, quoique…
*
Ne pas se laisser guider par les mots. Ne pas les laisser, tels des morts éparpillés, semer leurs cadavres sur nos écrans de papier. Ne pas se faire de cinéma: l’art est une définition de miroirs. Une tête qui palpite. Un murmure de cadavre.
Expliquez-moi ce mystère: pourquoi les étoiles vivent encore, même en poussière ?
Si je te suis entièrement quand tu parles des étoiles, je ne peux en dire autant quand tu parles des échecs … Je n’ai jamais réussi à entrer vraiment dans l’apprentissage de ce jeu, probablement car je ne sais pas y voir sa dimension de fantaisie et d’evanescence …
:)
Comment by Sunny — August 3, 2007 @ 8:18 am
Les règles cela dit ne sont pas si difficiles. Je dis fantaisie car il faut, un peu comme dans les mathématiques, avoir de l’imagination. Evanescence car se rapprochant des oeuvres humaines: on y met toute son ardeur et son inventivité pour qu’un jour, l’échiquier soit renversé. J’en ai déjà pas mal parlé ici, mais l’un des plus beaux poèmes sur ce jeu est selon moi celui de Borges.
Comment by Cavatine — August 3, 2007 @ 9:18 am