C’est assez étrange de lire sur papier ce qu’on a soi-même palpé, soit par les mots, soit par la chair. Ce que l’on a expérimenté, en somme. Parfois, je laisse exprès un livre à l’abandon pour y revenir "quand je serai prête". Car il faut se préparer aux mensonges qui tissent ces vies, ces phrases, dont nous sommes les miroirs. Car il faut se préparer, infiniment léger, à toucher du doigt le sérieux de notre vie: ces papiers qui volent, s’embrasent, s’oublient. Mais je m’égare, comme une digression à la Proust. Cela tombe bien, c’est justement à lui que je voulais en venir. Car j’ai eu l’impression d’un écho du passé, d’une réponse déjà inscrite, tout cela sur un thème - on peut le dire - qui laisse rêveur.
"Sans doute la chambre, ne l’eussions-nous vue qu’une fois, éveille-t-elle des souvenirs auxquels de plus anciens sont suspendus; ou quelques-uns dormaient-ils en nous-même, dont nous prenons conscience ?
La résurrection au réveil - après ce bienfaisant accès d’aliénation mentale qu’est le sommeil - doit ressembler au fond à ce qui se passe quand on retrouve un nom, un vers, un refrain oublié.
Et peut-être la résurrection de l’âme après la mort est-elle concevable comme un phénomène de mémoire."
(tiré du Côté de Guermantes)
Le rêve comme petite mort, puis résurrection, sur les tableaux en négatif, comme une pellicule que l’on déroule, fil à fil. Je persiste donc à dire, comme ici, que Dieu est un rêve. Marcel dans mon interprétation personnelle l’avait déjà dit.
Conclusion, alors, à ces bêtises: quand on écrit, tard le soir, ces flouteries, je me dis que soit Chronos est filou, soit que ce sont mes tempes qui sont filandreuses, à force de filer les mots pour rendre compte de cette passion qu’est la vie. A nous de choisir. Si l’on peut.