Ecrire, surtout des poèmes, égale transpirer. L’oeuvre est une sueur. Il serait malsain de courir, de jouer, de se promener, d’être un athlète sans sueur. C’est pourquoi peu d’oeuvres me touchent. Dans l’oeuvre d’un mort, dans le parfum de sa sueur, je cherche un témoignage d’activité. Le Louvre est une morgue; on y va reconnaître ses amis. Nous aimons à faire sentir notre sueur, à la vendre. La foule et le délicat n’aiment que se griser de sueur, s’intoxiquer de sueur. Du reste la promenade, le sport ne les intéressent pas.
PS: ce que je nomme promenade, sport, n’est pas cette manière de vivre que Wilde appelait son chef-d’oeuvre. C’est la vie de l’esprit dont je parle.
Jean Cocteau, Le secret professionnel.