La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

AraignéesFebruary 28, 2008 10:57 am

Petit don gracieux, et comme tombé du ciel, d’un autre amateur de Georges Fourest. (voir la page fourre-tout sur ce dernier ici)

Le vieux saint

Non ei species neque decor.
TERTULLIEN.

Dans notre église autrefois
il était un saint de bois :
l’air bonasse et vénérable,
taillé dans un tronc d’érable
à coup de hache, il avait
écouté plus d’un ave
montant vers lui du pavé ;
tout vermoulu, tout cassé,
le bon Dieu le connaissait
bien et toujours l’exauçait.
À vêpres, quand s’allumaient
les cierges qui tremblotaient,
un peu gourmand, il humait
le bon encens qui fumait
dans l’encensoir parfumé.
Sur toutes choses il aimait,
au beau soir du mois de mai
devant l’autel embaumé
Et quand Noël ramenait
les petits berges frisés,
soëf, il amignottait
Jésus, le doux nouveau-né.
Puis dans l’église fermée
où les vitraux s’éteignaient
lentement il s’endormait
priant pour nos trépassés
le bon Dieu qui l’exauçait !
Mais de Paris est venu,
hideux comme un parvenu,
tout neuf et peinturluré,
un saint de plâtre doré,
un affreux saint qu’ils ont mis
dans la niche où tu dormis,
ô vieux saint, mon vieil ami,
et les sans-cœur ont brûlé
en disant : Il est trop laid !
ton pauvre corps d’exilé.
Mais, vieux saint, je te promets
que je ne prierai jamais
l’intrus, mais toujours à toi
s’en iront mes vœux, à toi,
père qui subis deux fois,
saint de chair et saint de bois,
le martyre pour la foi ;
et quand je mourrai, c’est toi
qui portera dans les cieux
mon âme aux pieds du bon Dieu…

Mission de confiance, je l’ose dire !

De fil en aiguilleFebruary 27, 2008 8:06 pm

M’auto-proclamant trop tendre pour la critique qui hâche (et souvent fâche), il n’y aura dans cet abécédaire que quelques lignes sur des auteurs que j’apprécie. Comme la plupart de ce qui se trouve ici, ce sera bref et fragmentaire.

Aragon Louis (1897-1982). En voilà un qui en a construit, des châteaux en Espagne. Le mensonge et son acolyte, l’imaginaire, se trouvent sans cesse sous ses doigts, très habiles en passant à taper le rythme d’une chanson ou d’une phrase. On peut lui faire le même reproche qu’à Hugo, qu’il admirait: l’emphase et l’engagement grandiloquent (en politique, pour le meilleur comme pour le pire), la réécriture sans cesse du moi, à travers vers ou personnages. Car il est, tout à la fois, poète, romancier et dramaturge (y compris et surtout de sa propre vie): dans ses vers une sorte de mise en scène (palpable dans le "Prologue" du recueil Les poètes), dans ses romans une prose qui agit comme miroir (ne serait-ce qu’en étant parfois prose poétique et en s’alimentant des romans d’Elsa), dans ses oeuvres enfin un mélange de formes diverses (je pense notamment à Théâtre/Roman) qui forment le terreau de cette "vraie vie, enfin retrouvée" qu’est la littérature. Le titre de sa fresque, "Le monde réel", se réfère, dans tous les cas, à cette réalité ambigüe, qui est l’essence même d’Aragon, dont la vérité est comme celle d’un personnage de théâtre, avançant masqué, et montrant par là-même plus qu’il ne le ferait dépouillé.

De fil en aiguille 1:18 pm

Le long du tapis rouge, tu te roules, enjambes les poussières, et enfin ouvre la fenêtre De tes yeux J’aperçois ton coeur, ce corps offert

ToilesFebruary 25, 2008 1:30 pm

Les yeux fermés, il ouvre ses doigts vers le noir, les transforme en griffes, en appâts. Il tente d’arracher des morceaux d’obscurité sur le crâne du sommeil. Mais seules de minces pellicules restent entre ses ongles. Ouvrant les yeux, le gris l’envahit de ses dégradés; tout est bloc déformé. Il baisse les paupières, tapote la couverture, sent que son corps réchauffe le lit. Dans celui-ci, il flotte vers la tempête des ombres, les murs scellés par ses cils. Et déjà ses yeux s’ouvrent sur d’autres couleurs, nées du sable et de la nuit.

ToilesFebruary 24, 2008 6:04 pm

Pierre Bonnard, L'omnibus Panthéon-CourcellesClip Clap Clop. Les chevaux sous la pluie. Ton sourire. Les petits-fils d’écuyers sous le bistro, la barbe échevelée, les oreilles sales de trop de jazz. Clic Clac. La photo a ses charmes, pressant mon regard, immobilisant colombes, colonnes, cascades. Clip clap. La fontaine au centre-ville est bondée de pigeons et d’enfants. Elle semble triste, mais ce ne sont que des souvenirs. Les rues pavées ont oublié le pas des chevaux, la pluie a noyé le crottin, de nouvelles fleurs ont germé. Pataclop, ma mémoire est comme un jeune enfant retombant cul mouillé. Le pavé et les hirondelles ont vu le printemps, les scandales, les pluies effaçant tout. Même les larmes. Il n’y a plus que quelques photos pour voir. Le mélange des pluies

De fil en aiguilleFebruary 23, 2008 3:51 pm

C’est étrange parce que, quitte à écrire pour écrire, autant amasser ici les thèmes qui titillent mon oreille, coupant d’une seconde le souffle qui se fait naturellement. Parce que, voilà, parfois l’on lève la tête de la page, de l’oreiller, des pensées, et une belle phrase tombe là, du plafond, danse son petit tango affriolant, et puis s’en va. On se dit qu’on la retiendra, qu’un bout de sa jupe restera entre nos doigts, qu’un ongle au pire a tâté de sa sueur, etc etc. Etc etc, tic et tac, je ne vous fais pas de dessin, les heures avancent comme le souffle, et la bobine du souvenir se débine. Et c’est tout autant difficile de dire ses effilochements que d’écrire que le souvenir n’est plus déjà qu’un souvenir lui-même…

ToilesFebruary 18, 2008 4:28 pm

Claude Monet, Mer à PourvilleUn petit grain de sel que tu lèches. Une fleur de mer. Tu t’en pourlèches, le tourne sur ta langue et tes dents. Parfois tu te rappelles, l’océan sous un parasol, les vendeurs à la criée, sa jupe qui caracolait, les fruits de mer pas frais, le soupir de la rentrée, tu te rappelles que tu te souvenais  que tout passait, comme l’écume sur la mer. Qu’il fallait se méfier des métaphores filées, des étoiles de mer.

A force d’être retourné, le grain s’est dissous. Des cristaux sur les papilles. A vous, les souvenirs. Sur toutes les tables, cristallisés. Sous d’autres cieux, redoublés.

De fil en aiguilleFebruary 17, 2008 5:09 pm

Voilà l’idée. Etre à l’extérieur d’une salle de concert, le vent rapportant la rumeur de l’orchestre. Et parfois les voitures passent, éclaboussent la rue de lumière froide. Les passants, rares, redoublent l’obscurité de leurs manteaux, de leurs regards. La poésie des feuilles tombant sur l’asphalte est fabriquée. Voilà l’idée. Y a pas de billet pour le métro. Impossible de s’enfuir. Alors faut rester là, dans la course des syllabes. A côté le jardin public a éteint ses fontaines et ses oiseaux. Tout ou presque se niche dans la maison ou les branchages. C’est comme une marche du regard et de l’ouïe dans les rues aveugles, qu’on s’entraîne à écrire, en boitant, en mendiant, la réalité…

Musique 4:45 pm

Kenny Garrett

 

Le cri du saxophone est aussi touchant que celui du cochon.

InterlignesFebruary 6, 2008 12:50 pm

"Et les fruits passeront la promesse des fleurs"

Malherbe, Stances pour le roi Henri

… le plus beau vers de la langue française.