Petit don gracieux, et comme tombé du ciel, d’un autre amateur de Georges Fourest. (voir la page fourre-tout sur ce dernier ici)
Le vieux saint
Non ei species neque decor.
TERTULLIEN.
Dans notre église autrefois
il était un saint de bois :
l’air bonasse et vénérable,
taillé dans un tronc d’érable
à coup de hache, il avait
écouté plus d’un ave
montant vers lui du pavé ;
tout vermoulu, tout cassé,
le bon Dieu le connaissait
bien et toujours l’exauçait.
À vêpres, quand s’allumaient
les cierges qui tremblotaient,
un peu gourmand, il humait
le bon encens qui fumait
dans l’encensoir parfumé.
Sur toutes choses il aimait,
au beau soir du mois de mai
devant l’autel embaumé
Et quand Noël ramenait
les petits berges frisés,
soëf, il amignottait
Jésus, le doux nouveau-né.
Puis dans l’église fermée
où les vitraux s’éteignaient
lentement il s’endormait
priant pour nos trépassés
le bon Dieu qui l’exauçait !
Mais de Paris est venu,
hideux comme un parvenu,
tout neuf et peinturluré,
un saint de plâtre doré,
un affreux saint qu’ils ont mis
dans la niche où tu dormis,
ô vieux saint, mon vieil ami,
et les sans-cœur ont brûlé
en disant : Il est trop laid !
ton pauvre corps d’exilé.
Mais, vieux saint, je te promets
que je ne prierai jamais
l’intrus, mais toujours à toi
s’en iront mes vœux, à toi,
père qui subis deux fois,
saint de chair et saint de bois,
le martyre pour la foi ;
et quand je mourrai, c’est toi
qui portera dans les cieux
mon âme aux pieds du bon Dieu…
Mission de confiance, je l’ose dire !