Chalamov, Varlam (1907-1982). Vingt-deux ans ans dans les camps du Goulag, et notamment dans cette Kolyma qui donne prétexte, et rend nécessaire, ses Récits, où "le lecteur ne s’identifie pas à l’auteur, à l’écrivain (qui "sait tout et entraîne le lecteur à sa suite), mais au détenu. A un homme enfermé dans les conditions du récit. On a pas le choix". (André Siniavski)

"Le dîner venait de se terminer. Glébov avait léché sa gamelle sans hâte, il avait ramassé les miettes de pain restées sur la table dans sa main gauche et l’avait portée à sa bouche pour lécher soigneusement les miettes qu’il avait dans sa paume. Il restait là sans avaler et sentait sa salive envelopper la minuscule boulette de pain d’une masse épaisse et avide. Glébov aurait été incapable de dire si c’était bon. Le goût, c’est quelque chose de différent, de terriblement pauvre par rapport à cette sensation passionnée, synonyme d’oubli, que donne la nourriture. Glébov ne se dépêchait pas d’avaler: le pain fondait tout seul dans sa bouche, et il fondait vite. [Lire la suite]"