Le vin

D’un regard il me fit plus belle,
et je pris cette beauté sans remords.
Heureuse, j’avalais une étoile.

Qu’il me réinvente maintenant
à l’image de mon reflet
dans ses yeux. Je danse, je danse
dans les flots de mes ailes soudaines.

Table est table, vin est vin
dans un verre qui est un verre
se dressant, dressé, sur table dressée.
Et moi je suis imaginaire,
sans mesure imaginaire,
jusqu’au sang imaginaire.

Je lui parle de tout ce qu’il veut:
des fourmis qui meurent d’amour
sous l’étoile dent-de-lion.
Je lui jure qu’une rose blanche
arrosée de vin, chantera.

Je ris, je penche la tête
prudente, c’est un premier test.
Et je danse, et je danse encore
dans ma peau tout étonnée,
entre ses bras qui me conçoivent.

Eve de la côte, Vénus de l’écume,
Minerve du front de Jupiter
furent plus réelles que moi.

Quand il ne me regarde plus
je cherche mon reflet
sur le mur. Et je ne vois
qu’un clou privé de tableau.

in Sel (Sol), 1962, traduction Piotr Kaminski

*

Oignon

L’oignon c’est pas pareil.
Il n’a pas d’intestins.
L’oignon n’est que lui-même
foncièrement oignonien.
Oignonesque dehors,
oignoniste jusqu’au coeur,
il peut se regarder,
notre oignon, sans frayeur.

Nous: étranges et sauvages
à peine de peau couverts,
enfer tout enfermé,
anatomie ardente,
et l’oignon n’est qu’oignon,
sans serpentins viscères.
Nudité multitude,
toute en et caetera.

Entité souveraine
et chef-d’oeuvre fini.
L’un mène toujours à l’autre
le grand au plus petit,
celui-ci au prochain
et puis à l’ultérieur.
C’est une fugue concentrique
L’écho plié en choeur.

L’oignon, ça s’applaudit:
le plus beau ventre sur terre
s’enveloppant lui-même
d’auréoles altières.
En nous: nerfs, graisses et veines
mucus et sécrétions.
On nous a refusé
l’abrutie perfection.

in Grand Nombre (Wielka liczba), 1976, traduction Piotr Kaminski

 

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