La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

ToilesMay 25, 2009 11:05 pm

C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas.

Et à répéter sans cesse, sans cesse
Jusqu’à ce que le silence soit là.

Mais parler à l’instant fait mal;
L’on veut à tout prix y caser
Les déchets en fleur de la mémoire.

C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas.

Et à répéter sans cesse, sans cesse,
Jusqu’au fragment final.

Mais parler à présent fait mal.
L’on veut à tout prix éviter
Les sachets en fleur de la mémoire.

C’était ma petite folie quotidienne
Un sac de mots à empiler tout bas

ToilesMay 24, 2009 12:28 pm

Parfois
l’impression
que le cœur
et la nuit avec
explose

Mais qu’au-delà
Qu’au-delà rien
Qu’un peu de nuée
A enrubanner
De rêve
Et d’yeux chassieux

pour faire semblant
d’avoir dormi
Ou mieux
Avoir vécu
sa vie

En surnagent
les impressions
remuant allègres;
le fond d’alcool
du premier verre:
Or et sueur;
Avidité liquoreuse
d’une étoile
Une étoile !
et que dire
sinon qu’elle file:
Deux battements;

Parfois
ou bien
déjà
l’explosion.  

AraignéesMay 15, 2009 5:08 pm

Not a red rose or a satin heart.

I give you an onion.
It is a moon wrapped in brown paper.
It promises light
like the careful undressing of love.

Here.
It will blind you with tears
like a lover.
It will make your reflection
a wobbling photo of grief.

I am trying to be truthful.

Not a cute card or a kissogram.

I give you an onion.
Its fierce kiss will stay on your lips,
possessive and faithful
as we are,
for as long as we are.

Take it.
Its platinum loops shrink to a wedding ring,
if you like.
Lethal.
Its scent will cling to your fingers,
cling to your knife.

Carol Ann Duffy (nouvelle Poet Laureate)

* * *

Pas de rose rouge, de cœur en satin.

C’est un oignon que je te donne.
Lune enveloppée de papier kraft.
Promettant lumière
comme l’effeuillage soigneux de l’amour.

Ici.
Par lui, tu seras aveuglé de larmes
comme ceux qui aiment.
Par lui, ton reflet va devenir
Une photo vacillante de chagrin.

Je tente ici d’être honnête.

Pas de carte, de baiser commercial. 

C’est un oignon que je te donne.
Son âpre baiser restera sur tes lèvres,
Possessif et fidèle
semblable à nous,
aussi longtemps que ce nous sera.

Prends-le.
Ses pelures platine se contractent en une alliance,
si tu le veux.
Mortelle.
Son odeur s’attachera à tes doigts,
s’attachera sur ton poignard. 

(traduction personnelle)

AraignéesMay 9, 2009 7:47 pm

"Ainsi, sans que je l’eusse voulu ni cherché, c’était bien une patrie que je retrouvais par moments, et peut-être la plus légitime: un lieu qui m’ouvrait la magique profondeur du Temps".

Philippe Jaccottet, in Paysages avec figures absentes

ToilesMay 7, 2009 2:58 pm

La nuit se couvre
Voyons.
Prends ton manteau
Doublé de souvenirs.
Erre un peu, tel un point fixe
Dans leur orbite.
La lune se souvient, elle,
Des gorges chaudes
Et de leurs appels
Rauques.
Tiens, une gouttière.
Et c’est un peu comme si se
Déversait
La matière même
De ta poéticité.
Comme un chien, comme un lâche
Tu mets en pièces les poches
De ta mémoire
Pour que l’intérieur prenne
Le goût
De la pluie, du vent;
Un doux tabac
A priser
Sur les voies de l’incertitude
Et de la nécessité

Sans rien y comprendre
La brise se lève.
Un feu comme une centaine
De loups te caresse.