La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

De fil en aiguilleJuly 29, 2009 3:47 pm

A pas précautionneux, je m’avance. Déjà sous mes pieds roulent les cailloux, de ceux qui empêchent de parler, tant leur réalité est dure de clarté.  
Je polis la route à coups de langue. Tant et si bien qu’elle brille, feutrée. Mes ego s’y penchent, s’y retrouvent, ici ou là déformés.
Mais déjà le bruit du monde coupe les arbres. Il faut filer, l’ego sous le bras, la gorge qui gratte (les poussières du temps, pour cela, sont adroites).
Et puis, le désir d’en construire, plus loin, une réplique

A suivre

AraignéesJuly 17, 2009 11:00 pm

Soir tourmente

La pluie bafouille aux vitres
et soudain ça te prend
de courir dans tes pas plus loin
pour fuir la main sur nous

tu perds tes yeux dans les autres
ton corps est une idée fixe
ton âme un caillot au centre du front
ta vie refoule dans son amphore
et tu meurs
tu meurs à petites lampées sous tes semelles

ton sang
ton sang rouge parmi les miroirs brisés

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Ce que la mer chante à des milles d’ici
la force de ton ventre, le besoin absolu
de m’ériger en toi
voici que mes bras de mâle amour s’ébranlent
pour les confondre en une seule étendue

ce que la terre dans l’alchimie de ses règnes
abandonne et transmue en noueuses genèses
de même je l’accomplis en homme concret
dans l’arborescence de l’espèce humaine
et le destin qui me lie à toi et aux nôtres

j’étais mort avant de te connaître
ma vie n’aurait jamais été que fil rompu
pour la mémoire et pour la trace
je n’aurais jamais rien su de mon corps d’après la mort
ni des grands fonds de la durée
rien de la tendresse au long cours de tes gestes
cette vie notre éternité qui traverse la mort

et je n’en finis pas d’écouter les mondes
au long de tes hanches…

Gaston Miron

ToilesJuly 16, 2009 12:26 pm

Voix neuve. Vibrante encore un peu
De comparaisons. Le souvenir du cœur, adossé
Au rouge de la balançoire. Le côté
Herbeux de l’adolescence. Et cent autres
passages sous les portes, sous les yeux.
La répétition du sable contre la mer. Et ce goût
précis, du sel
Ce mot rond
d’universel.

InterlignesJuly 13, 2009 4:49 pm

Ce qu’il me reste en tête, des vers lus et relus tout la journée, c’est toujours l’effort impossible de les dire : l’impossibilité de les retenir. Je pense à cela aujourd’hui passé à relire Aragon, et combien chaque vers porte en lui d’innombrables ; Les Yeux d’Elsa comme somme poétique, oui, anthologie de toute la lyrique courtoise du passé et sans doute du futur. Et peut-être que toute poésie est cela, mémoire de tout ce qui la précède, archives vivantes. Peut-être que toute lecture est cela encore : lire le palimpseste du réel écrit en toutes lettres, et du réel qu’on imagine par la littérature qui en porte la charge. Alors, tels vers que je lis et qui fait revenir avec eux, je le sais, le souvenir de tant d’autres, et Ronsard comme Rotrou, ou Hugo, Verlaine et même Bossuet, je le crois ; mais impossible littéralement de les reconnaître en tant que tels. Je lis plutôt toujours le fantôme toujours plus séparé de moi d’un vers possible que j’aurais pu lire ; que j’aurais sans doute dû lire. Comme à chaque fois, impossibilité de retenir les vers (et je sais bien que dans le passé, les étudiants les moins doués possédaient une somme de texte en mémoire prodigieuse - je sais bien que cette mémoire me manque, comme un membre amputé qui gratte) - l’impossibilité physique de retenir au sens propre toute cette matière vivante et glissante en moi. Quand j’écris, ce n’est toujours que pour les retrouver, avais-je pensé une fois, pour me chercher des excuses, une raison d’espérer. Et pourquoi pas. Et dans la douleur de cette impossibilité je fonde des lignes toujours vides de ce qu’elles appellent, dans le désir de rejoindre un phrasé (ou une image (ou un rythme)) que je ne saurais retrouver que dans l’absence, l’oubli toujours recommencé d’un oubli sans objet, puisque je sais bien ce que j’oublie, mais j’ignore ce qui s’oublie avec lui.

« “Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous les bouquets.” » Mallarmé

Dans la terre devant moi dressé comme des sillons penchés vers le vide, ce que j’arpente en tous sens, c’est moins la réécriture de ces vers, que le dehors de l’oubli, sans contour et sans forme, musique sans mélodie et presque sans note d’un bouquet où manqueraient les fleurs, mais persisteraient leurs parfums tenaces et douloureux.

http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article124

AraignéesJuly 12, 2009 11:02 pm

Leurre

A nouveau lasses, les mains,
à nouveau lasses, les jambes,
obscurité sans fin,
je ris si fort que les murs
pivotent mais c’est un leurre
et je mens, car je pleure.

Trug

Nun wieder müde Hände,
nun wieder müde Beine,
ein Dunkel ohne Ende,
ich lache, dass die Wände
sich drehen, doch dies eine
ist Lüge, denn ich weine.

 

Trop philosophique

Comme ma vie, quand elle descend
et monte, est fantomatique.
Je me vois me faire signe et sans cesse
échapper à celui qui fait signe.

Et je me vois éclat de rire,
puis tristesse profonde,
puis beau parleur frénétique;
mais tout cela retombe.

Et ne fut jamais, de tout temps,
vraiment comme il faudrait.
Je suis élu pour parcourir
de vastes lointains oubliés.

Zu philosophisch

Wie geisterhaft im Sinken
und Steigen ist mein Leben.
Stets seh’ ich mich mir winken,
dem Winkenden entschweben.

Ich seh’ mich als Gelächter,
als tiefe Trauer wieder,
als wilden Redeflechter;
doch alles dies sinkt nieder.

Und ist zu allen Zeiten
wohl niemals recht gewesen.
Ich bin vergessne Weiten
zu wandern auserlesen.

Soir (III)

Soir, que tu es grand
à côté de la sautillante
petitesse du matin,
auquel manquent les sentiments.
L’avoir dans le coeur,
que c’est étrange et beau.
Sa joue est rouge du bonheur
des adieux du soleil.
Doit-il donc avoir honte
de son âme sensible ?

Abend (III)

Abend, wie bist du gross,
verglichen mit der hüpfenden
Kleinheit des Morgens,
dem die Gefühle fehlen.
Ihn im Herzen haben,
wie seltsam schön ist das.
Seine Wange ist rot vor Wonne
über der Sonne Abschiednehmen.
Muss er sich schämen,
so seelenvoll zu sein ?

Robert Walser, traduction Marion Graf

AraignéesJuly 8, 2009 11:28 pm

Très loin

Je voudrais évoquer cette mémoire; mais voilà, presque rien n’en reste; elle s’est effacée. Car elle gît très loin, au fond de mes premières années adolescentes.
Une peau, qui paraissait faite de jasmin… Août, cette soirée… Etait-ce en août ? Je me souviens à peine des yeux. Ils étaient bleus, je crois. Ah oui, d’un bleu de saphir.

 

Autant que possible

Si tu ne peux façonner ta vie comme tu le voudrais, tâche du moins de ne la point avilir par de trop nombreux contacts avec le monde, par trop de gesticulations et de paroles.
Ne la galvaude pas en la traînant de droite et de gauche, en l’exposant à la sottise journalière des relations humaines de la foule, de peur qu’elle ne se transforme ainsi en une étrangère importune.

Constantin Cavafy
, traduction de Marguerite Yourcenar

(lu et traduit en anglais par Daniel Mendelsohn)