Louis Aragon (1897-1982)
Enfance et jeunesse
Louis Aragon est né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine, fils illégitime de Louis Andrieux, haut fonctionnaire du gouvernement, et de Marguerite Toucas.Pour cela, la vérité sur sa naissance lui fut cachée, et son père lui tint lieu de simple parrain tandis que sa mère, avec laquelle il vivait en compagnie de ses tantes, se faisait passer pour sa soeur aînée (Il évoqua ce qui fut le drame secret de sa vie dans un petit recueil de poèmes intitulé Domaine Privé, et cette atmosphère de demi-mensonge n'est sans doute pas étrangère à cette conception du mentir-vrai qu'il érigea).
Durant son enfance il vécut dans un monde de femmes, bercé par les allées et venues des jeunes étrangères qui venaient séjourner quelques temps à la pension de famille que tenait sa mère. (J'aimais déjà les étrangères quand j'étais petit enfant, in L'Etrangère) Il développa tôt un grand goût pour la lecture et l’écriture (il composa dès l’âge de six ans des petits romans) ainsi qu'une grande sensibilité, tout en poursuivant brillamment ses études, jusqu'à obtenir son bac en 1914. Celui-ci en poche, il alla étudier pendant quatre ans la médecine, en passant notamment par l'hôpital Broussais, où il fit la connaissance - déterminante - d'André Breton. L'entrée dans le monde des artistes avait commencé.
Le 20 juin 1917, il reçoit sa feuille d'incorpation pour la guerre, et sa mère lui révèle le secret de sa naissance. Il a 20 ans, et restera à la guerre jusqu'à ce qu'elle s'achève en 1918. A son retour, tout en travaillant dans une maison d'éditions, il retrouve son ami Breton et collabore avec lui et Philippe Soupault à la création de la revue Littérature (1919).
Naissance d'un écrivain
En 1920 il écrit son premier recueil de poésie intitulé "Feu de joie", issu du mouvement dadaïste auquel il a adhéré. Un an plus tard, il publie son premier roman, "Anicet". Puis se sera au tour du "Paysan de Paris" de paraître en 1926, qui sera un grand succès. Côté affectif, il rencontre Nancy Cunard, fille d'un richissime armateur américain; Fou amoureux, il vit une existence fastueuse en compagnie de sa fiancé, mais lors d'un voyage à Venise, il la découvre avec un autre homme dans leur chambre d'hôtel (tel Musset avec Georges Sand). C'est la rupture, fracassante, qui mène Aragon au bord du suicide. Il lui faudra deux ans pour se reconstruire, avant de rencontrer le 6 novembre 1928 dans le café "la Coupole, lors d'une réunion entre surréalistes, Elsa Kaganovitch venue voir l'auteur de ce fameux "Paysan de Paris". Ils tombent tous deux amoureux, pour ne plus jamais se quitter.
Militantisme communiste
En 1930, le poète russe Maïakovski, amant de Lili, la soeur d’Elsa, se suicide. Aragon et Elsa s’inscrivent au parti communiste (Aragon s’intéressant déjà pour ce parti depuis 1927) pour se rendre en Russie, et assistent au Congrès de Kharkov. C’est un tournant majeur dans la carrière littéraire d’Aragon, qui pour être accepté dans cette société communiste doit changer de littérature, ne plus être bourgeois ni l’héritier du romantisme, mais défenseur du peuple. Il s’engage ainsi le 1 décembre 1930 à écrire pour le prolétariat international. Doit-on y voir l’influence d’Elsa dans cet accord ? Peut-être. Dans tous les cas, Aragon rompt définitivement avec le Surréalisme, dont il avait été la figure de proue. Il entre comme journaliste à “ l’Humanité ”, pour y rester d’ailleurs jusqu’à sa mort. N’écrivant plus de poésie, il publie en 1933 ”Les Cloches de Bale ” puis “ Les Beaux Quartiers ” (Prix Renaudot) en 1936 : ces deux romans, tirant à boulets rouges sur la bourgeoisie décadente dont il est pourtant issu, tiennent la promesse faite à Kharkov d’être un écrivain militant pour le communisme.
Guerre et Résistance
En 1938 Louis et Elsa se marient. Mais leur statut de jeunes mariés est bientôt remis en cause par la guerre. Aragon est mobilisé le 3 septembre 1939, et séparé d’Elsa qu’il n’avait jamais laissé seule depuis dix ans. Le 26 septembre, un décret annonce que le communisme est interdit. Le 20 juin 1940, l’armistice signée, il retrouve Elsa et reçoit trois décorations de guerre. Mais pour ce couple communiste/juive, l’Occupation est très difficile. Au début de l’année 1941, Aragon s’engage dans la Résistance et participe avec Seggers à la reconstitution du parti communiste clandestin. Une vie errante commence, sur les chemins de France, se cachant notamment à Avigon (cf. Poème Avignon dans ”Le Nouveau Crève- coeur ”).
L’année 1942 est une année difficile pour l’écrivain : Elsa écrit son roman “ Le Cheval blanc ”, et son mari, se sentant délaissé, lui en fait les reproches. Une brève mais violente crise les secoue alors, Elsa voulant quitter Aragon. Peu de temps après, il apprend la mort de sa mère.
Trois ans après, en 1945, Elsa reçoit le Prix Goncourt. L’Occupation est terminée. Aragon publie les recueils de poésie qu’il a écrit pendant celle-ci, où se mêlent élans patriotiques et élans amoureux :
- Le Crève-coeur
- Les Yeux d’Elsa
- La Diane Française
La même année paraît Aurélien*, son roman sans doute le plus célèbre, quatrième volume de la fresque du Monde Réel. Publication en 1948 du “ Nouveau Crève-coeur ”
* Le "double littéraire", ou du moins l'écho, de ce livre est celui écrit par Pierre Drieu de la Rochelle, intitulé Gilles; il est à noter que Drieu et Aragon ont été très proches dans les années 20, fréquentant tous deux les milieux surréalistes, avant de s'en dégager progressivement, mais en prenant des voies opposées: l'extrême-gauche pour Aragon, le fascisme pour Drieu (à lire au sujet de ses hésitations et atermoiements concernant son adhésion à ce dernier: Une femme à sa fenêtre). Leur quête cependant était la même, celle d'une solution à ce malaise profond et sourd que l'un et l'autre décrivent dans leurs romans respectifs, que l'on peut dire comme deux miroirs intrinsèques.
A l'automne de la vie
Il devient membre du Comité Central, tout en achevant le dernier volet de la fresque du Monde Réel ( “ Les Communistes ”): il est plus militant que jamais pour la cause communiste, tout en prenant en 1953 la direction des “ Lettres françaises ” (poste qu’il conservera jusqu’en 1972). Mais quand en 1956 Krutchev dénonce les crimes de Staline, tout ce à quoi il a cru et s’est engagé depuis 26 ans s’écroule. Une nouvelle fois, il est au bord du suicide, et ne s'en sortira que grâce à la littérature: "Le Roman inachevé", sorte d'autobiographie poétique considéré comme une chef-d'oeuvre par la critique et "La Semaine Sainte" (roman). Tous ses derniers ouvrages essayeront d’expliquer (aux autres et à lui-même) comment il a pu se faire entraîner par ce parti, en dévoilant les différents contextes de ses écrits afin de mieux les comprendre. Trois ans après le “ Roman Inachevé ”, il publie le recueil “ Elsa ”,en 1959, suivi en 1963 du “Fou d’Elsa ”. Son dernier recueil intitulé “ Les Poètes ” paraîtra en 1969. Le 16 juin 1970, Elsa meurt. Aragon lui survivra pendant douze ans, poursuivant son activité politique auprès de l’union de la gauche, mais changeant de style de vie et affichant ses relations homosexuelles, notamment avec Jean Ristat, lui aussi poète et écrivain, qui lui fermera les yeux le 24 décembre 1982. Selon leurs souhaits, Louis Aragon et Elsa Triolet reposent tous deux dans leur maison de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines transformée selon la dernière volonté d’Aragon en fondation.
Liens
- Site bilingue (allemand-français) de Wolfgang Babilas
- Biographie fournie sur l'Encyclopédie de l'Agora
- Très bonne étude de Philippe Olivera
- Biographie d'Elsa Triolet
- Vidéos de Louis Aragon sur le site de l'INA (notamment Sur Tristan et Iseult; Avec Elsa sur la Tour Eiffel)