La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

De fil en aiguilleMay 17, 2008 1:00 am

L’oiseau chantait, et je me sentais bête

De ne pas comprendre

La couleur des arbres.

De fil en aiguille, ToilesApril 18, 2008 11:58 am

Une pièce spéciale me connaît depuis quelques temps (je n’ose dire toujours). Dans celle-ci, il y a du silence collé aux murs. Parfois, j’en arrache un pan, et n’entends même plus mon coeur battre.

Les mots que j’exprime alors s’étouffent, comme si emballés de soir, qui ne glisserait pas.
Ce n’est pas comme si Sourde j’étais devenue. Je sens juste l’enveloppe du silence. J’envoie parfois, comme au squash, des paroles, qui s’en vont rebondir sur le mur. Lestées de leur poids de silence, je peux les remettre dans ma poche (qui souvent se troue, tant certaines sont devenues lourdes; j’en ai le souvenir).

J’ai peur parfois que tout ce poids ne m’engloutisse. Alors je respire et songe à ces tip-tap, à cette musique, que font d’ordinaire les balles de paroles, les claquements de langues, les cris de sang ou de sexe; J’en pleure. Mais en silence. C’est la règle.

 

Je ne dirai pas comment je sors de cette pièce, car je ne le sais pas moi-même.

De fil en aiguilleApril 14, 2008 11:25 am

Chalamov, Varlam (1907-1982). Vingt-deux ans ans dans les camps du Goulag, et notamment dans cette Kolyma qui donne prétexte, et rend nécessaire, ses Récits, où "le lecteur ne s’identifie pas à l’auteur, à l’écrivain (qui "sait tout et entraîne le lecteur à sa suite), mais au détenu. A un homme enfermé dans les conditions du récit. On a pas le choix". (André Siniavski)

"Le dîner venait de se terminer. Glébov avait léché sa gamelle sans hâte, il avait ramassé les miettes de pain restées sur la table dans sa main gauche et l’avait portée à sa bouche pour lécher soigneusement les miettes qu’il avait dans sa paume. Il restait là sans avaler et sentait sa salive envelopper la minuscule boulette de pain d’une masse épaisse et avide. Glébov aurait été incapable de dire si c’était bon. Le goût, c’est quelque chose de différent, de terriblement pauvre par rapport à cette sensation passionnée, synonyme d’oubli, que donne la nourriture. Glébov ne se dépêchait pas d’avaler: le pain fondait tout seul dans sa bouche, et il fondait vite. [Lire la suite]" 

De fil en aiguilleApril 4, 2008 12:50 pm

Ah, oui, la tristesse; de celle qui lasse, comme la lueur des néons. Bref. Lassant de ne pouvoir écrire. Peut-être faudrait-il que je sois meilleure lectrice: les arbres recommencent à avoir des feuilles.  

De fil en aiguilleMarch 20, 2008 8:00 am

Céline, Louis-Ferdinand (1894-1961). Faut pas croire, c’est du travail, l’argot. Ca se rapprocherait même de la poésie, quand c’est Céline qui le manipule, lui appuie dessus, pour lui faire sortir ses beautés vénéneuses, ses caniches amoureux, ses coliques et ses fuites. Un vrai Ulysse, ce Bardamu. Une épopée réaliste, oui, oui, qui s’alimente de la langue, la donne comme vraie héroïne. Tout ça donnerait l’impression que ses textes sont vivants, mais ils le sont comme des éclopés, qui braillent et qui fuient clopin-clopant. A nous, lecteurs, de ne pas fuir notre propre reflet.

De fil en aiguilleMarch 12, 2008 8:00 am

Borges, Jorge Luis (1899-1986). A lui seul, une bibliothèque, un Homère. Quelque figure fantastique, telle que le Minotaure. On entre dans son labyrinthe, dont chaque récit est un couloir, et d’étranges inscriptions au mur, celles d’anciens auteurs oubliés, renfermés dans leurs pages, se laissent palper, par nous pauvres aveugles de la réalité. Le fil d’Ariane, se sont ses thèmes de prédilection, comme la figure de l’auteur, le labyrinthe (matériel ou psychique), le temps comme une vague de sable, la bibliothèque, l’enquête. C’est avant tout un lecteur, prodigieux, lucide, qui réécrit dans son creuset d’alchimiste la réalité.

De fil en aiguilleMarch 3, 2008 12:00 pm

Beckett Samuel (1906-1989) "Quelque chose suit son cours", dit Clow dans Fin de partie. "Ca va finir, bientôt". Des dialogues entre sourds et aveugles, qui attendent que ça finisse. Ce qui suit son cours, c’est un soliloque, où les mots se répondent (de nombreux vers blancs se repèrent, surtout il me semble en français) où l’on se renvoit son propre écho, car que ce soit dans le ciel ou chez autrui, il n’y a personne. Ca en devient comique. De même comique est ma tentative de dire ce que Beckett écrit, car il ne fait que dire la parole, la seule compagnie, mordante, mais apaisante de par sa présence même.

De fil en aiguilleFebruary 27, 2008 8:06 pm

M’auto-proclamant trop tendre pour la critique qui hâche (et souvent fâche), il n’y aura dans cet abécédaire que quelques lignes sur des auteurs que j’apprécie. Comme la plupart de ce qui se trouve ici, ce sera bref et fragmentaire.

Aragon Louis (1897-1982). En voilà un qui en a construit, des châteaux en Espagne. Le mensonge et son acolyte, l’imaginaire, se trouvent sans cesse sous ses doigts, très habiles en passant à taper le rythme d’une chanson ou d’une phrase. On peut lui faire le même reproche qu’à Hugo, qu’il admirait: l’emphase et l’engagement grandiloquent (en politique, pour le meilleur comme pour le pire), la réécriture sans cesse du moi, à travers vers ou personnages. Car il est, tout à la fois, poète, romancier et dramaturge (y compris et surtout de sa propre vie): dans ses vers une sorte de mise en scène (palpable dans le "Prologue" du recueil Les poètes), dans ses romans une prose qui agit comme miroir (ne serait-ce qu’en étant parfois prose poétique et en s’alimentant des romans d’Elsa), dans ses oeuvres enfin un mélange de formes diverses (je pense notamment à Théâtre/Roman) qui forment le terreau de cette "vraie vie, enfin retrouvée" qu’est la littérature. Le titre de sa fresque, "Le monde réel", se réfère, dans tous les cas, à cette réalité ambigüe, qui est l’essence même d’Aragon, dont la vérité est comme celle d’un personnage de théâtre, avançant masqué, et montrant par là-même plus qu’il ne le ferait dépouillé.

De fil en aiguille 1:18 pm

Le long du tapis rouge, tu te roules, enjambes les poussières, et enfin ouvre la fenêtre De tes yeux J’aperçois ton coeur, ce corps offert

De fil en aiguilleFebruary 23, 2008 3:51 pm

C’est étrange parce que, quitte à écrire pour écrire, autant amasser ici les thèmes qui titillent mon oreille, coupant d’une seconde le souffle qui se fait naturellement. Parce que, voilà, parfois l’on lève la tête de la page, de l’oreiller, des pensées, et une belle phrase tombe là, du plafond, danse son petit tango affriolant, et puis s’en va. On se dit qu’on la retiendra, qu’un bout de sa jupe restera entre nos doigts, qu’un ongle au pire a tâté de sa sueur, etc etc. Etc etc, tic et tac, je ne vous fais pas de dessin, les heures avancent comme le souffle, et la bobine du souvenir se débine. Et c’est tout autant difficile de dire ses effilochements que d’écrire que le souvenir n’est plus déjà qu’un souvenir lui-même…

De fil en aiguilleFebruary 17, 2008 5:09 pm

Voilà l’idée. Etre à l’extérieur d’une salle de concert, le vent rapportant la rumeur de l’orchestre. Et parfois les voitures passent, éclaboussent la rue de lumière froide. Les passants, rares, redoublent l’obscurité de leurs manteaux, de leurs regards. La poésie des feuilles tombant sur l’asphalte est fabriquée. Voilà l’idée. Y a pas de billet pour le métro. Impossible de s’enfuir. Alors faut rester là, dans la course des syllabes. A côté le jardin public a éteint ses fontaines et ses oiseaux. Tout ou presque se niche dans la maison ou les branchages. C’est comme une marche du regard et de l’ouïe dans les rues aveugles, qu’on s’entraîne à écrire, en boitant, en mendiant, la réalité…

De fil en aiguilleDecember 27, 2007 11:55 am

M’écrire devient difficile. Je rédige, coupe, écoute, crise. Les yeux contre le réel du fictif. Le rêve se rationalise. Et il y a toujours trop de mots pour le dire.

De fil en aiguilleOctober 30, 2007 6:02 pm

L'automne, G. ArcimboldoLe bruit de la machine à laver. Les pages qui craquent. Le tic-tac.

Un bruit de sens. Un bruit de sacs, que l’on entasse, dans les coins de sa mémoire. Gravier de Sisyphe, tapis de feuilles sur le sol, sans un cri.

Vacances, où l’on travaille. Centaine de débroussaillages, feuilles sur images. Je me tapis dans ce voyage.

De fil en aiguilleOctober 2, 2007 11:09 am

Un grand vent secoue les feuilles. Dehors, dans la cour, du béton s’alourdit. J’ai rêvé cette nuit d’une colle de français où se prononçait le terme d’apophtegme. Ce matin cela dit, lors de la véritable colle, le mot n’est pas sorti. 

Le rêve est cet endroit où le mot est présent (écrivis-je en apophtegemisant). Il y a toujours ce rêve d’absence dans la réalité de la feuille, du fil, du goudron. Tout gémit sous la feuille et son fil noir.

Et moi, obsédée que je suis par l’écriture comme sujet de devoir, j’écris par mystère.

De fil en aiguilleSeptember 28, 2007 5:19 pm

Et puis j’aurais beaucoup de choses à dire, et puis rien. Parce que je suis incapable d’élargir les faits jusqu’au centre du langage. Parce que je suis dans une optique khâgneuse me fixant oeillères sur doigts. Parce que le néon du CDI est lâche, sans chaleur. Et que l’on commence à sortir châles et autres manteaux. Qu’il y a le bord des cils, le bord des pages. Qu’un mot déjà vite tournoie, quand à l’extérieur de la classe une feuille dans le vent passe. Alternances, sans le savoir, entre vide et pensée. Je serais tentée de dire entre être et non-être - et je retourne à Platon et à son Sophiste, sans en avoir l’air -.

De fil en aiguille 5:10 pm

Je ne peux qu’écrire. En faisant semblant. Semblant d’être. Sérieux d’opérette. Une pointe dans le crayon, hébétude du sens. Le sang se répète. Dans les doubles-artères. Les faits, rien que les faits: coeur qui bat sous la couette. C’est un brin vulgaire. Un brin pas clair. Brin de phrase comme un brin d’herbe: orge de l’organisme.

Aucun son. Aucune lettre. Aucun je de tes lèvres. Ecrire. Faire semblant d’y voir. Ivoire des lettres, noirceur des pages. Les échos qui s’appellent, contradictoires. Et l’on se perd. Car tout y est, déjà.

De fil en aiguille 4:03 pm

Reprise: la littérature naît quand le trouble des définitions s’installe. - une goutte d’eau sur les toiles -

Et tout ça n’a en fait pas d’importance.

De fil en aiguilleSeptember 25, 2007 11:39 am

Je vis entre parenthèses, c’est-à-dire en dehors des phrases, à l’intérieur même du sens.

De fil en aiguilleSeptember 1, 2007 11:14 am

Allan Parker, The Wall"We don’t need no education
We don’t need no thought-control
No dark sarcasm in the classroom
Teachers leave them kids alone…
All in all it’s just another brick in the wall’
*

Sarcastique, cette année le sera: préparer un concours où l’on a 1.333% de chances de réussir paraît ironique. Pourtant, le plus intéressant n’est pas là: il faudra briser le mur du son, c’est-à-dire celui des mots, tout en restant une entité imbricable et sans, excusez l’expression, "péter un cable".

Je file prolonger mes études sur la brique rose de Toulouse. D’autres perspectives sur matériau solide se tisseront, sans aucun doute. Et quelque vent, de peur et de joie, dans les bâtiments et les feuilles soufflera.

 

* Pink Floyd, The Wall.

De fil en aiguilleAugust 28, 2007 4:31 pm

J’aime le bruissement des pages, mièvre et studieux. Tel un claquement doux, un coup de fouet perçu par le masochiste, c’est une pensée qui se tourne, se détourne, dans le bruit. Toute l’onde des plaisirs et des baillements s’inspirant des murmures, qu’ils émergent en paroles ou en pensées. Un grésillement dans la pensée avant que la parole ne sorte des lèvres, et le frémissement naît. Ou l’inverse. L’on ne sait pas, ou plus.  

Je lève la tête vers les néons qui me permettent de lire. Leur électricité est petite fille de l’activité dite électrique du cerveau humain. Les activités, et le murmure. Les murmures de l’activité. Lire, et écrire, comme un courant alternatif. C’est-à-dire un sens variant entre positif et négatif, comme le bruissement d’une page, futile et sérieux.  

De fil en aiguilleAugust 24, 2007 3:28 pm

Le jongleur, sur la place, semblait heureux. Il portait au visage les couleurs de ses balles, comme des gourmandises feutrées. Le marchand de glaces n’était pas loin. Alors les enfants s’attroupaient. Les parents s’étaient arrêtés pour le café. Là-bas on tournait sa cuillère dans sa tasse, tout en baillant, papotant, s’excitant, payant la commande. Le jongleur lui semblait décrire le récit de sa vie. Une balle tombée, mais vite reprise. Mine de rien, on se déguise.

Les balles étaient ses mots, ses gestes sa syntaxe. Les enfants devinaient ce langage, car il portait à l’interrogation, bordée d’imagination: leur propre futur, mis sur l’échelle des rêves, et son propre passé, entre lions fictifs et déboires collectifs. On ne savait pas d’où il venait. Personne jusque là ne le lui avait demandé. Aurait-il seulement répondu. Il avait l’air un peu benêt. Sans cesse il répétait en rouge, jaune, vert, un bouquet destiné à sa fiancée. Le ciel, le nuage, il les regardait, le menton haussé, avec un fin sourire. C’était l’énigme de la pluie et du beau temps. De la ronde circulaire qu’il faisait naître entre ses doigts.

Parfois il faisait peur, parfois il pleuvait. Alors les parents entraînaient leurs enfants, les parapluies levaient leur élégance, et l’on fuyait le clochard. Une balle tombait. Puis deux puis trois. Il s’en allait.

De fil en aiguilleAugust 21, 2007 4:26 pm

Voilà un an et deux jours. Que je pense que mes écrits sont comme les toiles, bien fragiles. Le moi est devenu ici, petit à petit, un reflet littéraire, qui parfois déraille dans des méditations sur l’écrit, la rature, tout en cherchant à faire valoir son style, petit grain immature.

J’ai changé, bien évidemment. Je ne sais toujours pas me détacher des mots purs pour sculpter les phrases en un bâtiment solide. Mais je connais un peu plus de quoi sont faits ces derniers, qu’ils soient romans ou réflexions sur la société. Grâce sûrement à cette année, ces rencontres, tout ce chemin que l’on appelle évolution.

Bien sûr, ce que les lecteurs peuvent trouver ici, ce ne sont pas les chroniques d’une khâgneuse qui va au Flunch, parle de grec au petit-déjeuner, chante à ses amis du Aragon et rit et rit, et parfois pleure. Non, même s’il y en aurait beaucoup à raconter. Ici ce n’est qu’une aire de repos pour mes idées et mes pulsions d’encre, un moyen de s’exhiber tout en se cachant derrière le cachet du style, voulu (soit-disant) poétique.

Ce qui m’ennuie, c’est le fait de s’enfermer dans ce cercle de l’écriture parlant écriture. Que mes phrases se drapent et se coiffent comme au théâtre, voilà le point qui me frappe. J’aimerais au contraire, parfois et souvent, les dépouiller pour qu’un charme nouveau, celui de la netteté, apparaisse. Il y a quelques années je n’écrivais que des vers, croyant qu’ils seraient dans mes doigts comme une terre de toute éternité. Aujourd’hui la veste est retournée. Je presse dans mes papiers le monde pour en tirer, tordu mais quintessenscié, le réel. Du moins je le voudrais.

J’espère que mon écriture se voudra un jour réelle. Une manière comme une autre de se réaliser.

Bien à vous, lecteurs-bougies.

De fil en aiguilleAugust 15, 2007 11:17 am

Soignez-moi.

Au lieu de tendre l’oreille boucle-d’oreillée pour savoir qu’un obscur étudiant en médecine vient de demander en mariage la copine d’une copine (en espérant qu’elle ne devienne pas comme Madame Bovary), je m’affole de savoir, dans les notes du Côté de Guermantes, que Saint-Loup, le grand ami du narrateur, va plus tard épouser l’ancienne amoureuse du même narrateur. Pis, le futur marié dévoilera ensuite son homosexualité !

Soignez-moi, je le répète, je vis dans les anciennes gazettes.

De fil en aiguille, InterlignesAugust 11, 2007 6:31 pm

Picasso, Le rêveC’est assez étrange de lire sur papier ce qu’on a soi-même palpé, soit par les mots, soit par la chair. Ce que l’on a expérimenté, en somme. Parfois, je laisse exprès un livre à l’abandon pour y revenir "quand je serai prête". Car il faut se préparer aux mensonges qui tissent ces vies, ces phrases, dont nous sommes les miroirs. Car il faut se préparer, infiniment léger, à toucher du doigt le sérieux de notre vie: ces papiers qui volent, s’embrasent, s’oublient. Mais je m’égare, comme une digression à la Proust. Cela tombe bien, c’est justement à lui que je voulais en venir. Car j’ai eu l’impression d’un écho du passé, d’une réponse déjà inscrite, tout cela sur un thème - on peut le dire - qui laisse rêveur.

"Sans doute la chambre, ne l’eussions-nous vue qu’une fois, éveille-t-elle des souvenirs auxquels de plus anciens sont suspendus; ou quelques-uns dormaient-ils en nous-même, dont nous prenons conscience ?

La résurrection au réveil - après ce bienfaisant accès d’aliénation mentale qu’est le sommeil - doit ressembler au fond à ce qui se passe quand on retrouve un nom, un vers, un refrain oublié.
Et peut-être la résurrection de l’âme après la mort est-elle concevable comme un phénomène de mémoire."

(tiré du Côté de Guermantes)

Le rêve comme petite mort, puis résurrection, sur les tableaux en négatif, comme une pellicule que l’on déroule, fil à fil. Je persiste donc à dire, comme ici, que Dieu est un rêve. Marcel dans mon interprétation personnelle l’avait déjà dit. 

Conclusion, alors, à ces bêtises: quand on écrit, tard le soir, ces flouteries, je me dis que soit Chronos est filou, soit que ce sont mes tempes qui sont filandreuses, à force de filer les mots pour rendre compte de cette passion qu’est la vie. A nous de choisir. Si l’on peut.

De fil en aiguilleAugust 2, 2007 6:26 pm

Autour de l’étang, il y avait un chien. Des chevaux, et leurs cavaliers. Un poney, un autre chien. Moi, le nez dans l’herbe, je voulais imiter le ver de terre.

La ramure des arbres pénétrée du reflet des eaux faisait comme un miroir de scène théâtrale. Je voyais des personnes, fictives et réelles. Sur une rive, un peu à ma gauche, un grand-père et son petit-fils, qui enchaînait bêtise sur bêtise, après avoir éclaté de rire sous des chatouillis. On pouvait tout imaginer dans cette scène: la rattacher, en rêvant un peu, à la sienne propre, se souvenir qu’il y a toujours du romanesque dans la figure paternelle. Des drames de famille. Des commérages, comme j’en entendais juste derrière, sur le banc en bois. Des coquetteries et autres "je-vous-le-dis". C’était humain. Ca l’est toujours, pour certains.

Marcel s’émeut d’être reconnu par la duchesse de Guermantes, tombe amoureux. Françoise grommelle. Domestiques, nobles, l’auteur lui-même… On y esquisse la bêtise, en montrant qu’elle est inévitable et nécessaire. En refermant Le côté de Guermantes, le bavardage derrière devenant trop intense, je me suis dit que rien ne change. Le je se rend toujours réellement fictif, et la chronique oscille entre descriptions du temps, des gens, et réflexions sur le vent de nos mémoires, le Temps.

Bien sûr, je ne me dis pas ça réellement. Fictivement je pense, et c’est entre les deux un jeu, comme la lune cachant parfois le soleil: une éclipse des contraires.

De fil en aiguille, ToilesAugust 1, 2007 7:04 pm

"Voulez-vous supprimer le texte qui suit ?". "Oui". Sourire: mon texte se trouve contenu dans un clic de ma souris. Ou comme qui dirait dans le presse-papiers. Que de textes compressés en octets et autres octopus. Blogs et autres bogues: compression de la nature.

J’ai des piles de papier tâché par mes doigts, que je ne donnerai à-priori jamais à lire (sauf qui sait sous pression), et pourtant j’écris, avec cette conscience trouble de la possibilité incessante, cette conscience trouble de moi-même, cette ambidextrie naturelle de l’esprit. J’ai appris récemment à jouer aux échecs. Ni une science ni un art. A la frontière. J’aimerais parvenir à écrire comme sur un plateau d’échecs. Sa dose de logique, de structuration, de fantaisie et d’évanescence me fascine. Le plateau et la disposition des pièces s’oublieront vite, mais il y aura eu prise avec cette intelligence, futile, qui prépare aussi bien une attaque cavalière qu’une signature meurtrière. Dans le domaine des mots, il y aura prise entre le propre et le figuré, le sens sous-tendu, la structure engorgée des possibles, la vie en son sens tout futile: vraisemblable.

A en dire cela, j’en ai oublié mon texte qui a fait débuter ce texte. Rien à lier, vraisemblablement, entre les deux, quoique…

*  

Ne pas se laisser guider par les mots. Ne pas les laisser, tels des morts éparpillés, semer leurs cadavres sur nos écrans de papier. Ne pas se faire de cinéma: l’art est une définition de miroirs. Une tête qui palpite. Un murmure de cadavre.

Expliquez-moi ce mystère: pourquoi les étoiles vivent encore, même en poussière ?

De fil en aiguilleJuly 31, 2007 6:54 pm

J’ai écrit, toute la nuit, des lettres. Que je n’enverrai pas. La seule adresse est L’imaginaire, immeuble bâti sur les souvenirs. Un peu branlants, ils me cernent, et je respire, sous les nuages, des virgules.

Je cherche en moi comment percer le texte. Attraper la fêlure où le monde se révèle. Un point virgule ?

De fil en aiguilleJuly 24, 2007 11:41 am

TicketsCrête: l’île faite de pétales de rose, suivant l’appelation d’Homère. Aujourd’hui, le rose a fait place au rouge écrevisse, sur les plages. Dommage. Mais cela n’enlève cependant rien au charme "palatial" (comprenez les vestiges de la civilisation minoenne) et paradoxal (douceur du miel, rudesse des roches) de l’île. Il faut s’avancer hors des sentiers sandalés pour comprendre les rides, le sourire, l’âpreté crêtoise. Et l’on ne peut s’empêcher d’un peu pester contre la rosse touristique, menant sur son dos la perte de l’âme grecque, même si c’est pour eux une manne céleste, au point de vue économique.

Entre deux embouchades et trois ou quatre cars, le dieu Zeus murmure encore à l’oreille de son île natale, parlant de ces hommes ingrats, égoïstes et faibles, mais brillant parfois comme mer au soleil, à la façon de l’éternel.

De fil en aiguille, InterlignesJuly 8, 2007 1:48 pm

Depart"En Grèce, la terre s’entr’ouvre sans cesse sur l’eau, l’eau est toujours prise dans la terre: chaque élément est là pour borner l’autre et le sertir.

[…] Délicatement cousu aux lignes de faîte, le ciel ne domine pas cet ensemble; il y est attaché et tient sa place dans l’ordonnance des autres prestiges. L’eau et l’air, immobiles et transparents entre les perspectives ascendantes composées par les montagnes, forment des lacs enchantés, suspendus, dans un rêve vivant, qui nourrit des présences aiguës. Bientôt, pour l’oeil occupé d’une vision de plus en plus subtile, il n’est plus ni mer ni ciel, mais une lumière, une substance fine qui parcourt un paradis tout à fait tangible.

C’est de cette manière exquise qu’a été faite pour beaucoup d’hommes la joie de vivre et de penser."

Pierre Drieu la Rochelle, Une femme à sa fenêtre

 

Décodage: j’ulysse pendant ces deux semaines de juillet en Crête.

De fil en aiguilleJuly 5, 2007 8:57 pm

- Qui dira le poids léger des mots ?

- …