La Cavatine -étoiles d’eau, odes aux étoiles-

Hors-catégorieJuly 30, 2007 3:21 pm

         En grec, la pastèque, ce fruit énorme, gorgé de pépins et d’eau, se dit karpouzi. On en dirait presque l’anagramme d’un nouveau Pépin le Bref, couronne sur la tête. Autour de lui, un cortège d’oiseaux pépie. Cependant l’on épie, avec le sourire rouge de la pastèque fendue, le prochain pépin que produira le watermelon (melon d’eau). 

Mais l’on s’égare. Pourquoi s’étaler davantage, la tête de melon étant si reconnaissable.

Hors-catégorieApril 30, 2007 4:17 pm

Pour offrir un contrepoint à mes bavardages avec les muses, voici une mise en murmure, une "recherche de l’écriture", si l’on peut dire. Quelques carnets en bref où la prose prend le pas sur la pose poétique, du moins dans l’intention (le message "Sens" est un alexandrin, cela dit "prosaïque"). Sa longueur de vie comme son contenu est indéterminé. (quoique, ce blog lui aussi est à portée indéterminée, bordélique que je suis). L’idée d’un carnet de littérature me tenterait, mais après tout, les blogs comptes rendus de lecture ne manquent pas sur la toile. 

On me murmurera peut-être à l’oreille quoi faire de cette schizophrénie littéraire…

Hors-catégorieApril 15, 2007 1:40 pm

La toile m’étonnera toujours. Inventaire de quelques parcelles - que l’on peut également retrouver dans mes Liens -.

Interview vidéo de Louis-Ferdinand Céline par Louis Pauwels sur ce blog méditatif.

Etudes critiques des oeuvres de Nabokov, en anglais, russe, français.

Une poète suédoise traduite en français, Karin Boye

Une excellente initiative de Marc Mayet, répertoriant chaque jour un blog.

Quand à moi, je tire ma révérence pour quelques semaines de travail, mode veilleuse mis en place !

Hors-catégorieMarch 22, 2007 2:53 pm

Et tacata cata cata. Des cognements sur le clavier, le siège qui craque. L’homme est lourd de légèreté effeuillée. Des monceaux de papiers, zébrés de rouge, zélés de rêve, cela sans nulle trêve. L’homme est professeur de français. Accessoirement grinceur de papier, mettant en oeuvre la poésie en action dont se réclament Artaud et son acolyte moderne Serge Pey. Il fallait bien qu’un jour cette note vienne échouer ici, même si en ce moment les bancs sont quelque peu désertés. Mais le fait d’avoir un de ses professeurs à ses côtés soulève un peu les côtes sous le coup de l’émotive surprise… le silence de cheminer, ou plutôt cheminer sur les claviers en silence. Plus sérieusement, comment concilier la profession professorale et le fait de proférer Le langage ? La poésie en action, où la vie devient roman, où le roman devient théâtre, où le tout se farde et se dévoile, est peut-être le chemin, qui peut savoir…. Et tacata cata cata. Poésie sonore, poésie dans les bras ?

Ma prose s’interroge, peut-être est-ce là le vrai art. Peut-être est-ce… rideau qui s’étoile. Et le battement le battement d’un coeur qui… (feuilles s’ébattant en rafales, et tacata, slaves salves qui valsent)

Hors-catégorieFebruary 21, 2007 7:01 pm

Les retardataires arrivent au compte-gouttes. Les premiers arrivés se jettent sur les places du fond, tirent les tables pour choisir leur voisin, affiner leur emplacement, si possible “loin du prof”. Celui-ci entre à son tour. “M’sieur d’Humières” a 36 ans, les cheveux en pagaille, une tête ténébreuse à la Chateaubriand, un gros pull débordant sur son jean noir, le corps entier prêt à affronter le marathon qui va suivre.



Il est 11 h 30, jeudi, en grande banlieue parisienne. Au lycée Jean-Vilar, à Meaux (Seine-et-Marne), le cours de grec ancien commence. Choisi en option par 50 (sur 350) élèves de seconde de ce lycée qui accueille les plus défavorisés du département. Un cours de grec ancien, dans un établissement pourtant classé “APV” (où les enseignants reçoivent une “affectation prioritaire à valoriser”), avec seulement 65 % de taux de réussite au bac en 2006. Et le même “prof” leur enseigne aussi Shakespeare. Le principe est le même : viser haut.

Augustin d’Humières reste debout, tournoyant la tête, pointant le bras de part et d’autre, tel un agent de la circulation. “Abdullah, tu t’assieds ici ! Sébastien, tu sors tes affaires et tu enlèves ta veste ! Abel, Jamel ! Ça va mal se passer, bonhomme ! Tant pis pour toi, tu viens t’asseoir à mon bureau. Quoi, Coralie, qu’est-ce qui t’arrive encore ?” “M’sieur, vous avez un stylo à me prêter ?”, demande Coralie. Saïd échange à voix haute en arabe avec son voisin. “Saïd, tu te tais et tu sors tes affaires !” Le voisin : “Mais il parlait pas, m’sieur !” Saïd : “Pff, je peux pas travailler dans des conditions pareilles !” Le professeur soupire. “Ça va pas le faire…”

Et pourtant, bizarrement, “ça le fait”. Dans le brouhaha, les réponses fusent, étonnantes. Etymologie de “archevêque” ? “Archè, deux sens : vieux et pouvoir !” Des dérivés ? “Architecte, hiérarchie, monarchie !” Le sens du mot lithographie ? “De lithos, la pierre, et graphein, écrire : graver sur la pierre !” Dérivés de graphein ? “Biographie ! Géographie !”

Pas mal. Au royaume des SMS, il est réconfortant de voir sur les copies les mots les plus compliqués, tels “polythéisme”, écrits avec le “th” et le “y” là où il faut. On passe à la mythologie. Comment est née Athena ? demande le professeur. “Dans des conditions atroces, M’sieur !” Hurlements de rire. “Elle est sortie de la tête à Zeus, en armure !”, lance un autre qui, caché derrière les pitreries, montre qu’il n’a rien oublié de l’histoire de la déesse.

Ces élèves de seconde ont choisi le grec et, pour la plupart, ils “kiffent”. Un miracle ? Plutôt une volonté. Celle de ce jeune professeur hors normes, Augustin d’Humières. Un agrégé de lettres classiques qui a décidé de croire que la banlieue n’est pas une fatalité. Que les élèves en difficulté doivent voir les choses en grand. Ils apprendront la langue d’Homère et si, accessoirement, ils se laissent tenter par ses cours de théâtre, ils ne seront pas déçus : leurs premières armes se feront dans l’anglais du XVIe siècle.

La méthode ? Un prosélytisme acharné. En 2003, le jeune professeur a créé l’association Mêtis qui compte une centaine de ses anciens élèves. Ceux-ci font du soutien scolaire, participent à des forums d’orientation pour les terminales du lycée… et tentent de convaincre les plus jeunes de se mettre aux langues anciennes.

C’est devenu un rituel. Chaque année, Augustin et ses meilleurs anciens élèves de latin-grec se rendent dans les cinq collèges du secteur, en zone rurale ou en cité. Le but : convaincre les élèves de troisième de s’inscrire en grec. Non par de beaux discours, et sans faire intervenir les parents, mais avec des arguments concrets : les langues mortes, c’est utile et cela vous aidera.

Ce sont les anciens élèves de Jean-Vilar qui leur parlent. Comme Lauren Sigler, Dounya Salhi, Madly Bodin ou Mouna El Mokhtari, parties pour galérer et devenues respectivement avocate, étudiante en médecine, à l’Essec et en master de sciences de l’information. Comme aussi Julien Martin, aujourd’hui professeur de lettres classiques au collège de Trilport, près de Meaux. Ou comme Nam-Tran Nguyen Cuu, de parents réfugiés politiques vietnamiens, interne de l’hôpital Georges-Pompidou.

Ils leur disent : “Nous sommes comme vous, et grâce aux langues anciennes, nous avons réussi à nous en sortir et vivre mieux que nos parents.” Lauren : “En commençant le droit, j’avais compris grâce au grec les principes de la démocratie athénienne.” Dounya : “En médecine, le grec m’a permis de mémoriser les mots compliqués.” Madly : “En prépa, j’étais la seule à connaître la date de la mort de Socrate, grâce au grec. Tous les Parisiens étaient épatés, j’avais gagné !” Mouna : “Le latin et le grec m’ont apporté le goût de la culture, et donc de la conversation. Quand vous débarquez à Paris, c’est un plus énorme.”

Augustin d’Humières, de son côté, ruse pour les prendre par les sentiments. Quand Zidane a créé une association contre la leucodystrophie, il a analysé le mot par le grec (”blanc” + “mauvais” + “nourrir” = mauvaise alimentation du sang en globules blancs). Succès assuré. Autre argument auquel sont sensibles les nombreux élèves d’origine maghrébine : le modèle que fut le monde gréco-romain pour les sociétés occidentales. “En latin et en grec, note le professeur, nous évoluons dans un monde méditerranéen, entre Alexandrie et Athènes, Rome et Carthage. Il ne déplaît pas aux élèves de constater qu’au-dessus, c’étaient des analphabètes, des barbares…”

Quand il est arrivé au lycée Jean-Vilar, en 1995, les cours de grec comptaient six élèves en seconde. D’année en année, les classes périclitaient et menaçaient de fermer. Les interventions dans les collèges ont amené de nouveaux publics. “Un résultat exceptionnel pour la population que nous accueillons”, se félicite la proviseure, Marie-Claude Couraut-Thémans.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-867847,0.html

Hors-catégorie 7:01 pm

Ils sont donc 50 à s’être laissé convaincre cette année (une dizaine garderont l’option en terminale). Majoritairement des filles. Et souvent pour des raisons très mercantiles : "On n’a rien à perdre, ça ne peut rapporter que des points positifs au bac", reconnaît Saïd. Ou parce qu’ils se sont laissé prendre au jeu. Inès : "Au début, je le trouvais plutôt chelou, le prof, à s’agiter tout le temps. Mais j’aime bien la mythologie. Et aussi l’étymologie, ça m’aide pour l’orthographe et la grammaire. Je deviens meilleure."

L’apprentissage du grec fait-il de bons élèves, ou les bons élèves sont-ils attirés par le grec ? Impossible à dire. Une chose est sûre : depuis dix ans, au lycée Jean-Vilar, les effectifs de grec et de latin représentent moins de 10 % des élèves de terminale et plus de la moitié des mentions bien et très bien. La déperdition du latin sera d’ailleurs le prochain moulin d’Augustin Don Quichotte.

L’association Mêtis, c’est aussi du théâtre. De préférence celui de Shakespeare. Ancien élève de l’école dramatique de la Ville de Paris, Augustin a réussi à débaucher bénévolement d’anciens condisciples. Deux ou trois fois par semaine, voire plus, Samantha Markowic et David Nunes, comédiens professionnels, prennent le train de Paris à Meaux et font cours aux jeunes élèves, avec une obstination rigoureuse.

Il en faut. Quelques-uns sont incroyablement doués, mais la troupe semble impossible à maîtriser. Les garçons arrivent en retard, les filles se jalousent. Cette année, la pièce choisie est Roméo et Juliette. "Toutes les filles veulent faire Juliette ou la nourrice, soupire Augustin. Il y aura un mauvais moment à passer."

Lors des premières répétitions, personne ne peut croire à un résultat. Personne, sauf Augustin d’Humières et ses amis comédiens. Ils font faire aux élèves "du crayon" - le crayon entre les dents, pour leur apprendre à articuler. Ils négocient au pied des tours pour les convaincre de venir répéter plutôt que de faire du shopping ou de jouer à la PlayStation. Certaines répétitions ont lieu des week-ends entiers, qu’il pleuve ou qu’il vente, sur le parking du lycée. A l’approche du jour J, aucun ne manque au rendez-vous.

Les jeunes élèves de Mêtis ont déjà joué Le Songe d’une nuit d’été et La Nuit des rois, sans modestie. Viser haut ne leur déplaît pas : "C’est bien de ne pas parler comme on parle tous les jours", dit Esra, une fille timide que le théâtre a métamorphosée. Augustin, qui fait rarement les choses à moitié, avait débauché pour les répétitions des maîtres de chant, des maîtres d’armes, des costumiers professionnels.

Le premier spectacle a eu lieu en juin 2003, devant 450 personnes, au théâtre municipal de Meaux. Professeurs, élèves, parents, proviseurs, tous étaient sidérés. "On ne reconnaissait pas nos élèves, raconte Angélique Guillerot, professeur de français. C’était magique de voir les plus en difficulté, blancs, beurs, blacks, se mettre à vivre littéralement un texte de Shakespeare qu’ils n’auraient pas su lire. Ensuite, leur attitude en classe a beaucoup changé. Le grec éveille leur curiosité pour les mots, le théâtre leur donne l’enthousiasme."

Les enseignants se sont posé des questions : pourquoi les élèves piétinent-ils à l’école alors qu’ils connaissent une telle métamorphose dans un contexte extra-scolaire ? Deux membres de Mêtis ont intégré le Conservatoire national d’art dramatique.

Un autre spectacle se jouait à l’entrée du théâtre. Un cortège ému et pomponné, celui des familles des élèves comédiens. Ces femmes en boubou ou coiffées d’un foulard, avec leurs maris et leurs enfants, pénétrant timidement dans le hall du théâtre pour la première fois de leur vie. Oui, c’est possible : Shakespeare et Homère peuvent changer les choses.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-867847@45-1,0.html

Le Monde, 15 février 2007.

Hors-catégorieFebruary 16, 2007 1:52 pm
  • Aragon Louis 
  • Balzac (de) Honoré; Beaumarchais; Barthes Roland; Beckett Samuel
  • Céline Louis-Ferdinand; Cocteau Jean; Carco Francis; Camus Albert
  • Drieu la Rochelle Pierre
  • E
  • Flaubert Gustave
  • Gide André; Gautier Théophile; Genet Jean; Gary Romain
  • Hugo Victor
  • Ionesco Eugène
  • Jacob François
  • K
  • Laclos (de) Choderlos, Louÿs Pierre
  • Montaigne (de) Michel; Molière; Mérimée; Makine Andreï; Mandiargues (de) André Pieyre
  • Nerval (de) Gérard; Nodier Charles
  • O
  • Proust Marcel; Ponge Francis
  • Queffélec Yann peut-être…
  • Racine Jean; Roy Claude;
  • Stendhal; Sa Shan
  • Tournier Michel; Triolet Elsa
  • U
  • Vivant-Denon Vernant Jean-Pierre; Vidal-Naquet Pierre
  • W
  • Yourcenar Marguerite
  • Z

Sélection française. En gras et souligné, les ultimes préférés.

Hors-catégorieDecember 27, 2006 4:40 pm

Petite transformation au niveau des catégories: comme l’annonçait le précédent article, une petite nouvelle s’est glissée entre les anciennes lignes, pour recueillir les citations, ou plutôt extraits, de romans ou essais qui m’ont touchée et/ou intéressée (en espérant que cela fasse écho, comme un ricochet, sur le lectorat). Les autres catégories font pour l’occasion un changement de toilette: Illustres et moins connus devient Autres araignées (pour continuer, encore et toujours, la métaphore filée), De fil en aiguille ainsi que Toiles écrites bénéficient d’une nouvelle description.  A propos: ai trouvé un écho de ce "titre" dans une page de Blanche ou l’oubli (qui ne va pas tarder à venir remplir les colonnes d’Interlignes, par ailleurs), le paragraphe m’a frappée, je vous le soumets (pour un grain de mémoire destiné à l’oubli): 

On vit de fil en aiguille, de propos en propos… locution, dit Littré, prise du travail de la couturière qui après avoir mis un fil, coud avec l’aiguille, reprend du fil, et ainsi de suite. Un beau jour… le langage ne s’entend pas parler.

Et je viens juste de me rappeler que sur les sites et forums anglophones, les catégories sont appelées "thread", c’est-à-dire, fil

Cette idée de l’incroyable modernité du texte d’Aragon (dont je reparlerai plus en détails par la suite) me poursuit, décidemment… Vivre avec son temps, ou quand poétique fait la maligne avec informatique.

Hors-catégorieAugust 21, 2006 11:14 pm

Je ne suis pas cinéphile pour un sou, ou plutôt, pour un kopeck. Mais ce soir ce fut "kino vecher", soirée cinéma, avec le beau film pudique et sensible "Depuis qu’Otar est parti", soirée que je ne regrette pas, donc, d’avoir passée devant la tv. Trois portraits de femmes où la mélancolie se mêle à l’âpreté, la dureté stoïque des âmes slaves. Des regards de diamant, dans les iris de la grand-mère Eka, qui attend le retour de son fils adoré Otar, médecin parti à Paris. Mais la ville des lumières se montre inhospitalière: Otar meurt, comme vont l’apprendre Marina, la fille d’Eka, et Ada - magnifique prénom, entre parenthèses, magnifié dans Ada ou l’ardeur de Nabokov -, la petite fille d’Eka. Famille de femmes. Famille francophile, comme les contrées slaves ont su si bien produire. La babouchka tendre et entêtée, menée par le bout du nez par Marina et Ada, qui lui font croire qu’Otar continue sa petite vie tranquille à Paris. Au final, le voyage à Paris des trois femmes fera voler en éclats le miroir aux alouettes, la grand-mère, forte comme les femmes là-bas savent l’être, entrant elle-aussi dans le mensonge en n’avouant pas qu’elle a découvert le funeste destin de son fils. Mensonges sonnant si vrais… le stalinisme et ses secrets n’ont épargné personne. Et c’est d’autant plus ancré dans le film que cela se passe dans la patrie de Staline, la Géorgie.

Ce film, avec ses trois héroïnes aux caractères bien trempés, m’a fait penser à un livre d’Isabelle Hausser racontant de 1917 au putsh de 1991 la Russie décrite à travers le destin de trois femmes, la grand-mère, la mère et la fille, justement. Trio gagnant. Trio chantant les mélopées slaves, l’amour et le sang, la neige et le ciel grave, en répétant comme beaucoup de russes le titre du livre, Nitchevo, ничего, rien, ce n’est rien, tant pis, peu importe !

Fatalité du monde qui nous entoure de ses anneaux de mensonge et de ciel gris. Mais beauté fatale des yeux bleus et de leurs rires. Et le lien vers la fiche du film: http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/1280462.html